Ambrogio Beccaria, vainqueur de la Mini-Transat 2019 en série

Ambrogio Beccaria : « Je rêve d’un projet de Class40 100% italien »

Originaire de Milan, Ambrogio Beccaria, 29 ans, sort de deux années en classe Mini 6.50 où il a tout gagné – ou presque – couronnées par une victoire en série sur la Mini-Transat 2019. S’il navigue en ce moment sur le proto à foils Cerfrance de Tanguy Bouroullec (il a récemment gagné la Mini en Mai et la Duo Concarneau Challenge BFR Marée Haute avec Amélie Grassi), l’Italien cherche surtout à monter un projet de Class40 avec un bateau neuf. Il s’en explique à Tip & Shaft.

Peux-tu nous raconter comment un enfant originaire de Milan est devenu coureur au large ?
J’ai découvert la voile dans une petite école de voile l’été en Sardaigne, personne dans ma famille n’en faisait. J’ai eu la chance de tomber sur des instructeurs passionnés qui ont commencé à m’emmener sur des gros bateaux de course, type Maxi Yacht ou gros ORC. Du coup, j’ai un peu fait les choses à l’envers en découvrant cet univers via ces gros bateaux. Je ne touchais à rien, il y avait des équipages de 20 personnes, j’étais cantonné au nettoyage, je n’apprenais pas en naviguant mais en regardant. A un moment, je me suis dit que la voile, c’était sympa, mais à condition de barrer et d’avoir une écoute dans les mains et j’ai acheté un Laser 4000 avec un copain. Au bout de trois ans, on a gagné le championnat italien, on a fait troisièmes au championnat d’Europe, j’ai alors compris que la compétition, c’était mon truc.

Comment s’est faite la transition vers la classe Mini 6.50 ?
J’ai découvert les Mini par hasard, en regardant des vidéos sur internet, ça m’a vite donné l’envie de découvrir la course au large. J’avais alors 20 ans, je faisais mes études d’ingénieur, je gagnais un peu de sous en étant skipper en croisière. J’ai commencé à chercher un Mini et j’ai pu acheter en mai 2014 à Lisbonne le Pogo 2 de Ian Lipinski, qui avait été récupéré après son chavirage sur la Mini-Transat 2013. C’était une épave, avec plein d’eau dedans et encore sa bouffe qui flottait, mais il n’était pas cher, c’était la seule façon pour moi d’acheter un Mini. Il m’a couté 6 000 euros, plus 20 000 euros pour le retaper, ce qui m’a permis de me lancer en 2015.

Comment se sont passés tes débuts ?
J’ai navigué deux ans en Italie, gagnant le championnat les deux fois, et en 2016, j’ai décidé de faire Les Sables-Les Açores-Les Sables. C’était ma première grande course, et à l’arrivée, je fais un résultat inespéré, deuxième, en gagnant l’étape retour. Ça m’a permis d’avoir un peu de notoriété en Italie et mon sponsor a accepté de mettre plus de budget pour l’année suivante en vue de la Mini-Transat.

Que gardes-tu de cette première Mini-Transat, en 2017 ?
Que la passion ne suffit pas et que ça nécessite aussi de la préparation. Je fais en effet sixième de la première étape, mais à cause d’une petite vis mal fixée, je suis obligé de m’arrêter au Cap Vert sur la seconde et je termine loin au classement (26e au général final). Comme je sentais que je pouvais faire mieux, j’ai très vite décidé de remettre ça et l’année suivante, j’ai pu acheter un Pogo 3 neuf et j’ai commencé à m’entraîner à Lorient.

Tu te mets alors à remporter la quasi-totalité des courses du circuit, jusqu’à la Mini-Transat 2019 dont tu étais le grand favori, comment ça s’est passé ?
C’était très compliqué au début, parce que j’avais beaucoup de pression, tout le monde pensait que j’avais gagné avant de partir, et le fait d’attendre quinze jours au port à cause de l’ouragan Lorenzo n’a pas aidé. Heureusement, la première étape s’est super bien passée, j’allais vraiment vite, je découvre en arrivant que je suis en tête en entendant à la VHF que je suis avec des protos. Et je gagne encore la deuxième, en terminant après les deux premiers protos. C’est une super victoire qui a fait énormément de bruit en Italie, ce qui m’aide forcément pour aller chercher des sponsors pour la suite.

Justement, la suite, c’est quoi ?
Je devais faire la Transat AG2R avec Amélie Grassi, malheureusement, le Covid est passé par là, aujourd’hui, je cherche des sous pour un projet 100% italien de nouveau Class40. L’architecte est Gianluca Guelfi, un jeune architecte qui navigue lui-même beaucoup ; pour le chantier, je ne peux pas le dire, c’est un très bon chantier qui a beaucoup d’expérience.

Aujourd’hui, les bateaux références sont le Mach 4 de Sam Manuard et le Max 40 de David Raison, à quoi ressemblerait le tien ?
Je serais plus proche du Max 40 qui est plus polyvalent, ce qui est une priorité pour moi, car je veux qu’il aille vite dans toutes les conditions. Donc les plans se rapprochent en philosophie de ceux de David Raison, mais pas au niveau des formes …

Quel est ton timing idéal ? Et quel serait ton budget ?
Je me suis donné jusqu’au mois de janvier pour trouver un sponsor, parce que je veux faire la Transat Jacques Vabre qui est, pour moi, indispensable en vue de la Route du Rhum, mon grand objectif. Pour le budget, le bateau coûte plus ou moins 500 000 euros, et il faut entre 300 000 et 400 000 euros de fonctionnement chaque année.

En attendant, tu cours de nouveau en Mini sur le bateau de Tanguy Bourroulec, comment t’es-tu retrouvé à la barre de Cerfrance ?
Pendant le confinement, je me suis penché sur l’analyse de données des bateaux, je voulais créer une appli pour aider à récolter les informations sur les réglages des bateaux pendant les navigations. J’ai aussi appelé Tanguy pour l’aider à développer son proto, il a aussitôt accepté, et comme il avait pour projet de faire un voyage de plusieurs mois avec sa copine, il cherchait quelqu’un pour le remplacer, donc ça tombait bien. Le bateau est vraiment une machine de guerre, très polyvalente, il s’envole assez facilement et va très très vite. Sur la Mini en Mai, dans 15 nœuds de portant, j’arrivais à faire des moyennes de 15 nœuds. Maintenant, il y a énormément de réglages compliqués à trouver, de choix à faire entre voler tout le temps ou chercher le skimming… C’est compliqué mais très intéressant !

Photo : Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère

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