Marc Guillemot s'appuie sur une longue carrière en Imoca pour le Vendée Globe pour transmettre à l'occasion de la solitaire du Figaro.

Marc Guillemot : « J’aime beaucoup la notion de transmission »

Après de longues années en Orma puis en Imoca, Marc Guillemot a décidé de revenir fin 2018 à ses premiers amours, en l’occurence le Figaro, en montant un projet baptisé Duo Mixte, avec deux jeunes retenus après une sélection, Cassandre Blandin et Matthieu Damerval, dont le partenaire, Klaxoon, a été dévoilé la semaine dernière. Chef de projet au sein de sa structure Team Sailing Organisation Guillemot, le skipper de La Trinité-sur-Mer évoque son montage et les objectifs, il parle également de sa tentative avortée de s’aligner sur la Route du Rhum l’an dernier et de son attachement à l’Imoca.

Comment as-tu décidé de te lancer dans ce projet Duo Mixte ?
J’ai longtemps été figariste avant de passer en Orma avec La Trinitaine, donc c’est un support que je regarde toujours. Et c’est souvent dans la classe Figaro que j’ai été puiser lorsque j’avais besoin d’un coéquipier, notamment pour la Transat Jacques Vabre. Il se trouve qu’en septembre, suite au refus d’OC Sport de me prendre sur la Route du Rhum, je me suis mis en tête de monter un projet en Figaro pour des jeunes, parce que j’aime beaucoup la notion de transmission, que j’ai déjà expérimentée avant, et je me suis dit, sachant que les projets de détection aujourd’hui en Figaro sont à ce jour tous masculins, que c’était une bonne idée de monter un duo mixte, avec un garçon et une fille amenés à naviguer chacun sur leur propre Figaro mais aussi de les faire collaborer toute l’année. L’idée a peu à peu mûri et j’ai passé beaucoup de temps à monter le projet.

Quelles ont été les étapes du projet ?
J’ai commandé un Figaro pour moi, et j’ai été suivi par un copain, patron de Naos Yachts et concessionnaire Bénéteau aux Etats-Unis, Charles Devanneaux, et par VPLP, qui en ont chacun commandé un pour également intégrer la structure – même si, pour l’instant, on n’a pas le budget pour faire naviguer le troisième, celui de VPLP. Parallèlement, j’ai commencé à lancer des sélections pour les skippers en octobre. Comme on n’avait alors pas trop le temps ni les moyens d’organiser des sélections sur l’eau, j’ai réuni un jury de neuf personnes, avec notamment un représentant de Wellness Training – une société qui m’a aidé en Open 7.50 mais aussi pour le Trophée des Multicoques – et a tout de suite adhéré au projet. On y trouvait aussi Fred Le Peutrec, un journaliste, Nicolas Raynaud, un avocat, ainsi que Delphine Lauriot-Prévost, sophrologue, et nous avons auditionné neuf candidats : Violette Dorange, Amélie Grassi, Clara Fortin, Miléna Schoenahl et Cassandre Blandin pour les filles, Sofian Bouvet, Achille Nebout, Marc Mallaret et Matthieu Damerval pour les garçons.

Comment s’est effectué le choix ?
Cela a duré quelques jours, parce que comme nous n’arrivions pas à sortir quelqu’un du lot, nous avons axé nos choix sur le duo, en se demandant lequel serait le plus complémentaire. Presque naturellement, Cassandre Blandin et Matthieu Damerval se sont imposés, sachant que le duo idéal rassemblait quelqu’un venant du large, l’autre de la voile olympique. Comme on savait aussi qu’on allait recevoir les bateaux assez tard, il nous fallait un technicien dans l’équipe, ce qui est le cas de Matthieu que je connais depuis pas mal de temps, parce qu’il a navigué avec moi en Open 7.50. C’est un super préparateur et il connaît déjà le bateau puisqu’il a navigué sur le proto l’an dernier sur la Transpac. Quant à Cassandre, que je découvre, c’est une gagneuse, ce n’est pas pour rien qu’elle était en équipe de France en 470. Elle découvre le large, mais c’est une bosseuse. Ils sont très complémentaires : Cassandre apporte son côté exigence de la régate pure, Matthieu a beaucoup de choses à partager sur son expérience du large.

Vous avez officialisé la semaine dernière l’arrivée de Klaxoon en tant que partenaire du projet, quel est le budget global ?
Klaxoon, que j’avais rencontré pendant la Route du Rhum [l’entreprise était partenaire de Jean-Marie Loirat en Class40, NDLR], a tout de suite été intéressé quand je leur ai parlé du projet, ils m’ont dit dès le Nautic à Paris qu’ils me suivaient à 50% du budget. J’avais à côté un soutien à hauteur de 10% de Wellness, et fin janvier, une belle boîte nous a rejoints, c’était parfait. Malheureusement, elle a depuis fait défection, donc, en attendant de peut-être trouver d’autres partenaires, il a fallu donner un coup de vis dans le budget, il est aujourd’hui de moins de 300 000 euros HT pour les deux bateaux.

Quel sont le programme sportif  et les objectifs de la saison ?
On a reçu le premier bateau il y a dix jours, on finit la déco, le deuxième est arrivé vendredi dernier, le troisième, que j’avais envisagé pour moi, jeudi, mais, sans budget pour l’instant, il va rester à l’abri. Les deux bateaux seront baptisés au moment du Spi Ouest-France, ensuite, ils feront la Solo Maître CoQ et la Solo Concarneau puis la Solitaire, Cassandre et Matthieu courront enfin le Tour de Bretagne ensemble. Au niveau des objectifs, ce serait génial qu’ils fassent un bon résultat en bizuth sur la Solitaire ; maintenant je ne veux pas leur mettre du stress ou de la pression, mais les aider à progresser pour qu’ils soient vraiment bien en fin de saison, et encore mieux l’année prochaine parce que l’objectif est évidemment de continuer. Il faut qu’ils se battent pour donner envie à nos partenaires de nous suivre encore en 2020.

Tu dis que tu avais envisagé de prendre le troisième bateau pour toi, quand tu vois d’autres anciens revenir sur la Solitaire, tu dois forcément avoir envie de remettre ça aussi…
Bien sûr que ça fait plus que me titiller, ça me plairait de remettre le couvert sur la Solitaire, que je n’ai plus courue depuis 1994. J’ai fait ma première en 1979, ça doit être à peu près le cas d’Alain (Gautier) et de Loïck (Peyron) [1980 pour les deux, NDLR], ça m’aurait amusé de la refaire avec eux 40 ans après. Mais le retrait du deuxième partenaire-titre a forcément changé la donne pour moi, ce n’est pas la priorité du jour, je veux avant tout que le projet Duo Mixte fonctionne bien. Après, en voile, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

Tu vas tout de même naviguer cette année, puisque tu seras le co-skipper de William Mathelin-Moreaux sur Beijaflore, qui a racheté le plan Lombard avec lequel Yoann Richomme a gagné la Route du Rhum, comment s’est faite cette association et quel sera l’objectif ?
J’avais aidé William pour sa préparation au Rhum, il m’a demandé si ça m’intéressait cette année de le conseiller en vue de la Transat Jacques Vabre et de la courir avec lui. Forcément, ça m’intéresse, ma passion, c’est avant tout de naviguer. Une fois de plus, je vais être avec un jeune et sur un très bon bateau. Ça nous met un peu de pression, parce qu’il a été superbement mené par Yoann, à nous de faire en sorte qu’il marche aussi bien, l’idée est de se battre pour les premières places, pas de finir dans les vingt.

Faisons maintenant un retour en arrière : tu avais trouvé tardivement un budget et un bateau pour faire la dernière Route du Rhum, ce qui n’a pas été possible, car les inscriptions étaient closes, as-tu été déçu ?
Oui, cela a été une grosse déception. D’abord parce que le Rhum, c’est un peu toute ma carrière. Sur la première en 1978, j’avais séché les cours pour aider Yves Le Cornec à préparer la course, ensuite, de 1998 à 2014, je les ai toutes faites, avec des perf dans les classes reines, l’Orma et l’Imoca. Là, j’étais en capacité, même avec une préparation écourtée, de faire un bon résultat sur un bon plan Verdier, et ce ne sera pas forcément le cas dans quatre ans vu mon âge, donc j’ai été assez amer. Il y avait effectivement des règles, mais je pense qu’avec un peu de souplesse, ça aurait été possible, Loïck était invité, ils auraient aussi pu me donner une wild-card, j’aurais été le seul des 123 partants à la courir pour la sixième fois d’affilée. Après, le projet Figaro m’a évité de me morfondre

Pour poursuivre ce retour en arrière, tu as vécu douloureusement le retrait de la gestion du projet Safran, début 2016, l’as-tu digéré ?
Cela a été douloureux d’arrêter, parce que ce projet a été une période de ma vie très forte, avec une super équipe, une dizaine de podiums, et malheureusement une fin brutale, assez difficile à accepter psychologiquement. Mon successeur [Morgan Lagravière, NDLR] a pensé que sans nous, ça serait beaucoup mieux et un an après, il a perdu un des plus beaux partenaires qu’on pouvait imaginer pour un projet de Vendée Globe. C’est un gros gâchis.

Gardes-tu un œil sur la classe Imoca ?
Bien sûr. Si demain, je pouvais démarrer un projet Imoca avec un jeune, ce serait avec un grand plaisir, d’autant qu’on a la base ici à La Trinité, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse. Ce sont quand même des bateaux qui me font vibrer et sur lesquels je peux apporter mon expérience, j’adorerais me replonger là-dedans.

Crédit photo : Klaxoon

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