Leboucher

Pierre Leboucher : « Il n’y a pas vraiment de hiérarchie sur la prochaine Solitaire »

Après quinze années dédiées à la voile olympique et au 470 en particulier – couronnées notamment de deux médailles d’argent mondiales et d’une participation aux Jeux olympiques de Londres (7e) – Pierre Leboucher s’est lancé en 2017 sur le circuit Figaro, soutenu depuis l’année dernière par Guyot Environnement. Le Nantais de 38 ans, qui a pris la 6e place finale de la Sardinha Cup, première épreuve de la saison, revient pour Tip & Shaft sur son parcours et évoque l’avenir.

Commençons par un retour en arrière : avant d’arriver sur le circuit Figaro, tu as longtemps été un spécialiste du 470, pourquoi avoir choisi cette voie ?
J’ai commencé la voile, à Nantes, sur l’Erdre, à 8 ans. C’est un sport qui m’a très vite plu, parce qu’il se pratique sur un terrain de jeu qui n’est pas délimité par des lignes, l’espace est immense et on joue avec les éléments. C’est d’abord cette dimension de liberté qui m’a attiré. Ensuite, est venue s’ajouter la notion de compétition, le fait de naviguer contre les meilleurs en monotypie. Enfin, quand on voit que le rêve d’aller aux Jeux devient une réalité, ça devient encore plus palpitant. Pour tout sportif, les Jeux, c’est vraiment le Graal.

Des Jeux olympiques que tu as disputés en 2012 à Londres avec Vincent Garos, qu’en gardes-tu ?
C’était une superbe expérience, même si on a été déçus du résultat : on a joué dans les deux premiers équipages pendant les 18 mois avant les Jeux et on termine finalement 7e, ce n’était pas ce qu’on venait chercher. Mais à côté de ça, c’est juste une épreuve magique, qui n’a rien à voir avec toutes les autres, notamment en ce qui concerne la pression médiatique, à laquelle on est peu confronté en voile et que d’autres sportifs vivent au quotidien. Pour nous, ça n’avait pas été facile à gérer ; je pense que si nous sommes un peu passés à côté de nos Jeux, c’est en partie dû à ça.

Qu’as-tu appris de l’olympisme ?
En voile olympique, tu gères moins de paramètres qu’en course au large, mais tu fais tout de façon beaucoup plus pointue. Si tu n’as pas huit ans d’olympisme derrière toi, tu peux à peine espérer jouer dans le Top 10, alors qu’en course au large, d’autres paramètres entrent en jeu, comme les moyens : si un partenaire met énormément d‘argent, tu peux être meilleur plus rapidement.

Tu as peu à peu pris le virage de la course au large, comment cette bascule s’est-elle opérée ?
J’ai commencé à faire autre chose en disputant le Tour de France à la voile [trois participations de 2015 à 2017 avec avec CombiwestOman Sail et Team Occitanie Sud de France, NDLR] ; quant au Figaro, j’y ai goûté dès 2011 sur le Tour de Bretagne avec Adrien Hardy [trois participation de 2011 à 2015, puis une en 2017 avec Erwan Tabarly, NDLR], ça m’a tout de suite intéressé parce j’aime bien quand ce sont les marins qui font la différence et non le matériel. Après, cela a été compliqué de véritablement basculer, parce que cela signifiait d’arrêter mon métier d’ingénieur dans un bureau d’études chez un fabricant de mâts pour me mettre en recherche de partenaires. Là, tu as l’impression de jouer au casino : tu mets de l’argent sur la table et tu ne sais pas si tu vas récupérer ta mise. Au début, ça n’a pas marché, j’ai donc décidé de financer ma première saison en Figaro sur mes fonds propres, j’ai alors eu la chance qu’un mécène m’aide à finir [Ardian], Guyot Environnement est ensuite venu me chercher fin 2017, cela a été un gros soulagement pour moi.

Tu attaques ta troisième saison, avec une nouvelle fois la Solitaire Urgo Le Figaro en objectif principal, tu as terminé 15e en 2017, 16e l’an dernier, que vises-tu cette fois ?
J’espère que je ne serai pas 17e ! Franchement, ce n’est pas facile de se fixer un objectif de performance avec le nouveau bateau. Un paquet de marins, dont je fais partie, ont envie de faire des podiums et de gagner, mais aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de hiérarchie, je pense qu’il y aura pas mal de rebondissements et potentiellement de grosses surprises, la fiabilité du bateau va aussi jouer.

Que t’inspire ce nouveau Figaro Bénéteau 3 ?
C’est génial de repartir à zéro, ça change des années d’avant où les anciens connaissaient tellement bien le bateau que c’est tout juste s’ils avaient besoin de s’entraîner pour rester devant. Le nouveau Figaro demande beaucoup de mise au point, il y a tout à faire : on a plus de voiles, et on utilise plus toutes les voiles, il faut aussi apprendre à se servir des foils, ce qui est assez compliqué. L’enjeu est d’arriver le plus rapidement possible à faire marcher tout ça. J’ai la chance de travailler avec Technique Voile et Frédéric Duthil, on a monté une petite équipe avec Alexis Loison, c’est un sacré plus.

Le bateau connaît des problèmes de jeunesse, notamment au niveau du gréement, est-ce un vrai souci pour vous ?
Oui, il ne faut pas se mentir. Même si on a confiance dans ce qui a été fait, on a tous peur de casser quelque chose et de ne pas finir les courses. J’espère qu’on aura réglé 80% des problèmes avant la Solitaire pour que les coureurs partent sereins et que le directeur de course le soit aussi, parce que le risque est d’avoir des étapes raccourcies ou retardées.

Tous les barreaux de barres de flèches ont été changés avant la troisième étape de la Sardinha Cup, est-ce un problème résolu ?
Non, ce n’est pas résolu, c’est une solution provisoire. Nous, les coureurs, on veut une solution définitive qui soit plus fiable, parce qu’on sait que quand on sera en solitaire, on naviguera moins propre qu’en double et on n’a pas envie de casser le matériel ni de se faire mal. Mais je pense que de bonnes solutions vont être trouvées.

Beaucoup ont aussi déploré des soucis d’électronique et de pilote, est-ce le prochain dossier ?
C’est un des dossiers, oui. Personnellement, mon pilote n’a pas très bien marché depuis le début de la Sardinha Cup, c’est un souci qu’il faut aussi résoudre avant la Solitaire, mais je pense que la Solo Maître CoQ va être bien pour ça, parce qu’on va être obligé d’utiliser les pilotes, donc on verra les problèmes qu’ils posent et on pourra les résoudre.

Quels sont les autres dossiers ?
On a encore de l’eau qui rentre par les puits de foils, des problèmes sur les mâts qui abîment les voiles au bout de 48 heures…, plein de petits détails, mais c’est en bonne voie de résolution, je suis sûr que les dirigeants de Bénéteau nous ont bien écoutés et qu’on va dans la bonne direction.

Finissons par ton avenir : as-tu, comme beaucoup, des aspirations de Vendée Globe ?
Oui, les nouveaux Imoca sont technologiquement géniaux, ça doit être grisant de naviguer sur ces bêtes de course. Pour moi, c’est un projet à moyen-long terme. On y a pensé avec Guyot Environnement pour 2020 parce que ça les intéresse sur un projet qui impliquerait de trouver co-partenaires, mais j’ai un peu freiné, car j’estime qu’il me faut acquérir plus d’expérience pour faire quelque chose de correct. Je n’ai pas envie de partir sur un projet Vendée juste pour le faire. Si j’y vais, c’est avec les armes pour batailler devant, donc on pense plus au prochain, en 2024.

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