Vincent Riou avant le Vendée Globe 2020

Vincent Riou : « Ma priorité est de renaviguer en Figaro »

Impliqué sur les projets PRB et Arkéa PaprecVincent Riou a vécu un Vendée Globe mouvementé, entre la perte du bateau de Kevin Escoffier et l’abandon de Sébastien Simon. Avec un peu de recul, le vainqueur de l’édition 2004 revient sur cette neuvième édition et évoque son envie de renaviguer en Figaro. 

Commençons par Arkéa Paprec, peux-tu nous dire où en est le bateau ?
Il est actuellement en réparation, il y a eu pas mal de dégâts, parce que les foils sont tellement solides que, sur un choc frontal tel que celui qu’a vécu Sébastien, ils ne bougent pas, contrairement à l’environnement. Le foil endommagé est reparti chez Persico, la coque est chez nous, le bateau devrait être remis à l’eau fin avril avant un printemps très axé relations publiques. La priorité, cette année, c’est que Sébastien fasse de la voile ; je pense que pour le programme prévu, le bateau est parfait, s’il y a des évolutions à faire, ce sera pour plus tard.

Quel est ton regard sur son Vendée Globe ?
La démarche de Sébastien était de partir cool parce qu’il manquait d’expérience, au fur et à mesure, il s’est créé cette expérience, et plus ça allait, plus il était à l’aise et plus le bateau donnait entière satisfaction en termes de performances, au point qu’il était bien revenu sur le paquet de tête quand il a eu sa collision. Maintenant, il aura manqué de temps de préparation à cause des problèmes que nous avons eus avec les foils et de la Covid. Ce manque de préparation des nouveaux foilers a été assez déterminant dans le scénario global du Vendée Globe.

« Je pense que les bateaux étaient quand même un peu extrêmes »

Dans le Sud, on n’aura vu ni les foils en C d’Arkéa Paprec, ni ceux d’Hugo Boss : estimes-tu que c’était quand même le bon choix ?
Oui, je suis convaincu que c’est une bonne option pour avoir un foil polyvalent et facile au portant. Son avantage, et aussi son inconvénient, c’est que c’est un foil qui ne génère que du couple redressement, pas de force anti-dérive, mais je trouvais que c’était un bon compromis qui marchait bien. L’autre avantage, c’est qu’il se rétracte, ce qui permet, dans les conditions compliquées des mers du sud, de lever le pied.
On a beaucoup parlé des performances des nouveaux foilers, quel bilan technique tires-tu de ce Vendée Globe ?
Je pense que les bateaux étaient quand même un peu extrêmes, tout le monde avait pris à peu près le même chemin – à part le plan Manuard – de carènes très tendues, avec des bateaux extrêmement performants sur mer plate, mais plus exigeants dans de la mer cabossée. Le problème, c’est que personne n’a été confronté à de la mer cabossée avant le Vendée Globe, on n’a pas eu l’occasion – ou pas su faire – un programme à cause de la Covid qui aurait permis aux skippers d’apprendre à utiliser leur bateau dans un peu toutes les conditions.

« Je suis déçu de l’attitude des architectes »

Parlons maintenant de PRB, avec un peu de recul, quelle analyse fais-tu de sa casse ?
Il y aura toujours l’inconnue de savoir s’il y a eu un choc, une inversion de foils ou autre chose. Je pense en revanche qu’il y a une maladie de conception sur ce flotteur-là. Son sistership, le bateau de Thomas Ruyant [ex Le Souffle du Nord, V&B sur ce Vendée Globe, NDLR], s’était cassé en deux il y a quatre ans, et comme par hasard, il est encore rentré avec une amorce de rupture pile poil au même endroit. Donc il semblerait qu’il y ait un vrai problème au niveau de la résistance de la poutre navire, entre la cloison de mât et la trappe de soute à voiles.
Vous n’aviez pas détecté de signes avant-coureurs ?
Ce bateau a été calculé par Verdier, re-calculé pour faire un bilan par GSea Design en 2015, renforcé par GSea Design en fond de coque et checké complet quand on a mis les foils pour la Route du Rhum 2018. Puis de nouveau calculé pour augmenter les pressions de fond de coque en 2019, et encore ensuite par Kevin. Dans l’équipe, on n’est pas ingénieurs et nous n’avons pas de bureau d’études, mais on a toujours eu un petit doute suite à ce qui était arrivé à Thomas, on ne peut pas dire qu’on n’ait pas levé le doigt. D’ailleurs Kevin avait encore fait deux renforts sur le pont, deux cale-pieds de 200 millimètres de haut sur toute la longueur qui était une préconisation liée au renforcement de la poutre navire.Comment réagis-tu aux propos des architectes du bateau (VPLP et Guillaume Verdier) qui ont rappelé qu’ils n’avaient pas pu suivre les modifications ?
Il n’y a jamais eu de bateau aussi calculé que celui-là, donc je ne suis pas d’accord, je suis déçu de leur attitude. On sait tous qu’on fait du sport de compétition et qu’il y a des risques, on joue dans un univers qui n’est pas normé, où il peut y avoir des erreurs, donc ce qui m’a déçu, c’est qu’avant de discuter, certains aient levé le pavillon comme ça. Guillaume Verdier ne peut pas nier qu’il a eu des échanges avec Kevin Escoffier dans les six mois précédant le Vendée Globe. Et des rapports d’études faits par GSea Design, il y a de quoi en faire un classeur grand format, les documents existent. Les foils ont bon dos, mais le bateau de Thomas puis de Maxime n’avait pas de foils. Et PRB n’a pas cassé au niveau des foils, mais devant, donc ce n’est sûrement pas lié à leur intégration.Cela ne mériterait pas de tous vous asseoir autour d’une table pour tirer les bonnes conclusions de cette affaire ?
Le lendemain de l’avarie de Kevin, j’ai libéré toutes les données de PRB, j’ai envoyé toutes les notes de calculs faites chez GSea, j’ai tout partagé avec les architectes, parce que je savais qu’il y avait encore deux bateaux comme ça sur l’eau [V&B et MACSF], je n’ai pas eu un coup de fil depuis.

« Si tout se passe bien, je serai sur la Solitaire »

Vas-tu rester impliqué sur ces deux projets Imoca ?
Pour Arkéa Paprec, on va respecter les engagements jusqu’à la fin de la saison, c’est un projet de transmission qui arrive à son terme cette année. Ce sera la même chose pour PRB, Kevin va gérer son projet tout seul, c’est la suite logique.
Cette casquette de manager de projet t’a-t-elle plu ?
Ce n’était pas nouveau, puisque pendant longtemps, je l’ai fait pour moi. Quand c’est pour les autres, ça n’a forcément pas la même âme, mais c’était hyper intéressant, d’autant qu’on a vécu une période architecturale très riche. Donc aujourd’hui, je ne cours pas forcément derrière ça, mais si c’est pour un projet et avec des gens qui me bottent, pourquoi pas ? C’est l’occasion qui fera le larron. Je sais aussi qu’à un moment, j’aurai moins la capacité à naviguer, donc c’est possible que je refasse des missions comme ça dans le futur.Quelles sont tes envies ?
Retourner naviguer. Avec la Covid l’an dernier, j’ai fait ma première saison blanche depuis 25 ans, ça m’a fait super bizarre, ça m’a aussi permis de me rendre compte que j’avais envie de refaire du bateau. Donc ma priorité actuelle, c’est de naviguer en Figaro. Je devais faire la Solitaire l’année dernière, j’avais renoncé suite aux casses des foils d’Arkéa Paprec, j’ai envie de me relancer sur cette série où il y a une bonne dynamique, avec de nouveaux bateaux qui sont chouettes, plein de jeunes. Je viens de reprendre l’entraînement et je ferai la seconde partie de la saison. Donc si tout se passe bien, je serai sur la Solitaire.
Photo : Vincent Curutchet / IMOCA

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