Jacques Caraës directeur de course du Vendée Globe

Direction de course : comment ça marche ?

Comme tous les deux ans, la Fédération française de voile a organisé fin janvier à Port-la-Forêt son colloque des directeurs de course. L’occasion pour Tip & Shaft d’expliquer comment fonctionne la direction de course en France.

C’est en 2006 que la Fédération française de voile a pris la décision de définir et encadrer le rôle directeur de course, comme le raconte Christian Le Pape, impliqué depuis le début sur le sujet au sein de la FFV : “La fonction existait déjà, mais elle était floue, avec parfois un comité de course, parfois l’organisateur lui-même. Je me souviens d’une transat organisée à Lorient, sur laquelle on s’était battus contre le directeur de course pour empêcher le départ parce que c’était dangereux. Ça nous avait conduits à organiser une table ronde à la fédération dans le but de davantage professionnaliser cette fonction dans un objectif, avant tout, de sécurité.”

Guillaume Rotée, qui officiera cette année notamment sur la Sardinha Cup, complète : “Avant, c’étaient souvent les organisateurs eux-mêmes qui faisaient office de directeurs de course, ça pouvait entraîner des dérives dans le sens où ils se retrouvaient un peu juge et partie, à prendre des décisions pour favoriser leur business au détriment de la partie sportive et de la sécurité.”

Cette réflexion a abouti à la création de la commission des directeurs de course constituée de deux instances : l’assemblée plénière, qui comprend 14 membres – Sam Davies vient tout juste d’accepter de remplacer Jean-Luc Nélias – définit chaque année le calendrier fédéral des épreuves nécessitant une direction de course et la liste des directeurs de course habilités ; le comité opérationnel, composé de 7 personnes, qui étudie les nouvelles demandes d’habilitation et évalue les directeurs de course avec un pouvoir d’instruction et de sanction s’il constate des manquements à certaines règles.

Yann Eliès, petit nouveau

Les épreuves à direction de courses sont réparties en deux catégories, A et B (20 et 18 compétitions en 2022), en fonction de critères, non-écrits, comme leur longueur, leur durée, leurs dates, le type de bateaux et les règles internationales qui s’y appliquent. Les courses majeures que sont le Vendée Globe, la Route du Rhum, la Transat Jacques Vabre ou la Solitaire du Figaro sont ainsi classées en A ; nombre de courses en Mini 6.50 ou des épreuves de Figaro comme la Solo Maître CoQ, en B. Pour coller à cette répartition, la liste fédérale des 17 directeurs de course aujourd’hui habilités est elle-même divisée en A et B (11 et 6).

Les organisateurs de course peuvent piocher dans cette liste lorsqu’ils recherchent un directeur de course, mais ils ont aussi la possibilité de proposer quelqu’un n’y figurant pas. Cette personne doit alors constituer un dossier soumis au comité opérationnel qui donne alors – ou pas – son habilitation pour la course donnée. Ce qui est par exemple le cas d’un petit nouveau, Yann Eliès, qui officiera pour la première fois en mars lors de la course académie en Figaro organisée par le Team Vendée Formation.

“J’avais pour idée de me lancer dans la direction de course, j’en avais touché deux mots à Christian Le Pape qui m’avait encouragé, en me disant que la Fédération avait besoin de marins ayant pratiqué la course au large à haut niveau. Un peu plus tard, j’ai reçu un coup de fil d’Estelle Graveleau [directrice du Team Vendée Formation, NDLR] qui me dit qu’elle a appelé la Fédération parce qu’elle cherchait quelqu’un, mon nom est alors sorti parmi d’autres, elle m’a proposé le poste.” Après avoir hésité, car il est également engagé par ailleurs sur des entraînements auprès du pôle Finistère de Port-la-Forêt – tout en restant coureur au large -, le Briochin s’est lancé en constituant un dossier. Et la commission des directeurs de course lui a donné son aval, pas plus tard que ce mercredi, pour la course académie.

Mais, conscient de son peu d’expérience en la matière, Yann Eliès a fait appel à Claire Renou, adjointe à la direction de course sur de nombreuses épreuves (Vendée Globe, Route du Rhum, Solitaire du Figaro…) pour l’accompagner. “L’ambition de la course académie étant de former les nouveaux venus dans la classe Figaro, elle sera aussi être l’occasion de me former. Claire est mon adjointe, mais dans les faits, elle est ma tutrice : dès que j’entreprends des démarches administratives, que j’ai des décisions à prendre, je lui demande son avis”, explique Yann Eliès.

La question des adjoints

S’il souhaite à terme intégrer la liste B, ce qui le dispensera de constituer un dossier à chaque fois qu’un organisateur fera appel à lui, le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro devra, selon le règlement de la FFVoile, avoir dirigé de manière satisfaisante au minimum trois compétitions, dont au moins deux de type B, lors des quatre dernières années avant la publication de la liste.” Une fois dans cette liste B, il pourra alors également prétendre à organiser des courses A si un organisateur le sollicite. Mais, là encore, il devra recevoir l’habilitation de la commission. Et ce n’est qu’après avoir organisé trois courses A dans un délai de trois ans qu’il pourra prétendre intégrer la liste A.

Comme Yann Eliès, plusieurs anciens coureurs se reconvertissent ainsi dans la direction de course, arrivés à un certain stade de leur carrière : Jean Maurel, Gilles Chiorri, Denis Hugues ont montré la voie, suivis notamment par Jacques Caraës ou Yves Le Blevec. “Au départ, ce statut a d’ailleurs été créé pour permettre à des coureurs d’avoir un métier après leur carrière, on considère que leur expérience de marin les rend complètement légitimes”, rappelle Corinne Migraine, présidente de la commission des directeurs de course.

D’autres profils, cependant, tapent à la porte, et notamment ceux qui, aujourd’hui, sont adjoints sur les grandes courses et n’ont pas de statut reconnu par la fédération, même si cette dernière les convie depuis deux éditions au colloque des directeurs de course organisé tous les deux ans. Ça fait quelques années qu’on demande à être référencés quelque part, parce qu’un organisateur qui arrive ne sait pas qu’il peut prendre Hubert (Lemonnier) et moi pour une course B”, explique Claire Renou. Adjoint de Jacques Caraës sur les deux derniers Vendée Globe (il a aussi travaillé sur la Barcelona World Race), Hubert Lemonnier se verrait bien lui succéder sur l’édition 2024. Mais son expérience ne peut suffire : il lui faut lui aussi commencer au bas de l’échelle et en passer par des courses B, avant de viser plus haut. Ce qui est prévu cette année, puisqu’il fera ses débuts en tant que directeur de course sur la nouvelle Route des îles du Ponant (classe Figaro) en mai.

“Le large t’amène
la reconnaissance des coureurs

Christian Le Pape justifie ce parcours obligé : “Le forcing des adjoints est légitime, parce qu’ils font pratiquement le même job que le directeur de course, mais ils ne l’ont jamais fait tout seul en responsabilité, on ne peut pas mettre directement en A quelqu’un qui n’a été qu’adjoint”. Denis Hugues, directeur de course, entre autres, de la Mini Transat, ajoute : “Pas mal d’adjoints veulent passer directeurs de course, mais au départ, dans les prérequis, il fallait avoir fait du large, eux n’en ont jamais fait. Or, c’est ça qui t’amène la reconnaissance des coureurs.”

Ce dernier fait aujourd’hui partie des rares directeurs de course à en faire son seul métier, les autres le pratiquent pour la plupart comme une activité complémentaire, à l’instar d’Yves Le Blevec, qui officie cette année sur la Plastimo Lorient Mini, la Mini en Mai et La Trinité-Cowes. Pour quel tarif ? “Entre 800 à 1 000 euros la journée par course, mais cela inclut la préparation”, répond le skipper d’Actual. Un tarif proche de celui de Gilles Chiorri : “Sur une épreuve de 3-4 jours, je facture 3 000 à 4 000 euros ; sur une Solitaire, je facturais 45 000 euros. Après, quand tu passes au niveau supérieur, type Route du Rhum ou Vendée Globe où tu dois payer tes adjoints et d’autres prestataires, c’est une enveloppe globale beaucoup plus importante.” Un budget de 488 239 euros, précisément, sur le dernier Vendée Globe.

Photo : Vincent Curutchet / Alea

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