Jean Le Cam recherche un sponsor pour le Vendée Globe 2020

Jean Le Cam : « On a tout pour plaire à un sponsor »

A 60 ans, Jean Le Cam prendra le 27 octobre le départ de sa septième Transat Jacques Vabre à bord de Corum L’Epargne, son plan Farr vainqueur du Vendée Globe 2008, aux côtés de Nicolas Trousel. Dans la foulée, le « Roi Jean » espère trouver un partenaire pour l’accompagner sur un cinquième Vendée Globe de suite, il s’en ouvre à Tip & Shaft.

Comment t’es-tu préparé pour la Transat Jacques Vabre ?
Nous avons commencé par nous qualifier avec Nicolas à l’occasion du tour de l’Europe que j’ai fait entre Port-la-Forêt et Gênes, une opération que nous avions montée pour La famille Ibis avec le groupe Accor, l’objectif était d’aller à la rencontre des gens de l’hôtellerie en Europe. Nous avons commencé par Gênes et nous avons terminé à Calais. On n’a donc pas arrêté de naviguer pendant trois mois, parfois avec Nicolas, parfois avec mon équipe. Nous avons ensuite eu un petit chantier en août, et, depuis, nous finissons de nous préparer à Port-la-Forêt pour peaufiner les réglages.

Ton bateau a-t-il subi des modifications depuis le dernier Vendée Globe ?
Peu. Les modifications plus importantes sont prévues l’hiver prochain en vue du Vendée Globe. Nous avons changé le gréement et nous avons des voiles neuves, nous avons joué un peu sur les volumes et fait un peu d’optimisation en mettant un peu plus de quête.

Quelles sont les modifications prévues l’hiver prochain ?
Nous avons prévu de changer la bôme, qui est lourde, et les dérives, de modifier l’agencement des ballasts en passant à la nouvelle jauge, ce qui veut dire que nous allons avoir des ballasts moins volumineux et plus à l’extérieur, c’est le chantier que nous avons fait l’hiver dernier sur Apicil.

As-tu un moment envisagé de mettre des foils sur ton bateau ?
Un moment, on s’est posé la question, oui, mais ça n’a pas duré longtemps. D’abord parce qu’il y avait une question de moyens que je n’avais pas, ensuite parce que je me suis dit que quitte à avoir des foils, autant faire un nouveau bateau qui serait prévu pour. Vu que la priorité est vraiment de monter un projet pour terminer le Vendée Globe avec un budget raisonnable, on n’avait pas envie d’augmenter le niveau de risques et d’incertitudes en se lançant dans des foils.

Comment s’est décidée la collaboration avec Nico Troussel ?
Il avait son bateau en construction cette année, donc il fallait qu’il navigue sur un 60 pieds pour continuer à apprendre à connaître ce qu’était un Imoca; moi, je n’avais pas prévu de faire la Transat Jacques Vabre, parce que je n’avais pas de partenaire. Du coup, ça a été une collaboration naturelle entre un marin qui avait un sponsor et pas de bateau et un autre qui n’avait pas de sponsor mais un bateau. On n’avait jamais navigué ensemble, mais c’est un vrai plaisir, Nico est un mec clair, honnête, et qui sait ce qu’il veut, c’est parfait ! C’est quand même un double vainqueur du Figaro, c’est une valeur sûre. Lui regarde ce que je fais sur le bateau, mes automatismes, ma façon de naviguer et de régler, et moi j’apprends aussi d’autres choses de lui, tout ce qui est logiciels, réglages de voiles, on compare nos façons de faire et on se tire vers le haut.

As-tu collaboré d’une façon ou d’une autre à la conception ou à la construction de son futur Corum, plan Kouyoumdjian attendu début janvier ?
Non, pas vraiment, c’est Michel Desjoyeaux qui est en charge du dossier technique du prochain bateau, moi, je reste à ma place. Après, le temps des navigations, on discute forcément avec Nicolas, des foils, des choix de matériel… Par exemple, le pilote qu’on a sur le bateau en ce moment sera le même qu’il aura sur le sien, donc on essaie de valider les réglages pour lui faire gagner du temps, parce qu’il aura une mise à l’eau assez tardive.

Qu’allez-vous chercher sur la Transat Jacques Vabre ?
Chacun va chercher sa compétition là où il a les moyens, nous, notre compétition se situera avec les bateaux à dérives, comme Apicil ou Banque Populaire. Pour ce qui est des foilers de génération 2015, au reaching et mer plate, il n’y a pas photo, on ne peut pas lutter, après, dans des conditions de petit temps, ou au près et au portant dans la brise, il n’y a pas de grosses différences, donc ça va être intéressant de voir comment on va se comporter sur la Jacques Vabre.

Que penses-tu un peu de la nouvelle génération de foilers ? Si tu devais en dessiner un aujourd’hui, quelles options choisirais-tu ?
Au niveau look, j’irais peut-être sur Apivia, il me plaît bien, mais ce n’est qu’un sentiment. Aujourd’hui, on ne peut avoir que des sentiments, parce qu’on ne les a pas encore vus naviguer tous ensemble. Ce que l’on constate de l’extérieur, c’est que pour l’instant, Charal survole les débats, qu’il y a ceux qui volent haut, mais plus tu es haut, plus tu te fais mal quand tu te casses la gueule. Et il y en a qui sont moins haut, donc vont moins vite dans certaines conditions, il va y avoir un compromis à trouver avec le temps. Il ne faut pas oublier que, pour l’instant, ce sont des bateaux qui n’ont été menés qu’en équipage ou en double, ça sera une autre paire de manches en solitaire sur le Vendée Globe. Dormir à deux mètres au-dessus de l’eau sur un foil sous pilote, il faudra y aller ! A un moment, l’être humain est quand même la limite. On est certes très perfectible, mais quand les choses vont plus vite que la réaction de l’homme, ça devient compliqué. Ce qui était le cas à une époque en Orma où le temps de réaction du skipper était supérieur à celui du bateau, donc à partir de ce moment-là, tu es en danger et c’est là qu’intervient la peur, quand la machine dépasse l’homme. Maintenant, aujourd’hui, on ne peut pas ne pas aller dans cette direction, mais je pense qu’après le prochain Vendée Globe, on pourra tirer beaucoup d’enseignements et les bateaux du Vendée Globe 2024 seront peut-être complètement différents.

Parlons maintenant de ton projet de Vendée Globe 2020 : où en es-tu concrètement ?
Concrètement, je cherche un partenaire, parce que le bateau s’appelle Corum jusqu’à la fin de l’année, mais il n’a pas de nom pour l’année prochaine sur le Vendée Globe et pour l’instant, on n’a rien. La famille Ibis pourrait être partenaire avec nous, mais ça ne suffira pas, il nous faut un partenaire-titre, car on ne veut pas non plus faire les choses n’importe comment.

Sur quel budget mises-tu ?
Ça dépend de ce qu’on fera dans le programme, mais si on ne fait que le Vendée Globe, ça se joue sur un budget de 850 000 euros par an sur deux ans, donc 1,7 million. Pour l’année, prochaine, je n’ai pas prévu de faire The Transat ni la New York Vendée, parce que notre situation aujourd’hui, c’est qu’on a un bateau et qu’on est qualifiés, on a donc tout pour plaire, et notre objectif est à la fois de satisfaire notre partenaire et d’optimiser au maximum le bateau pour faire la meilleure performance possible.

Si je te demande de vendre Jean Le Cam à un éventuel partenaire, que lui dirais-tu ?
Je dirais que les atouts de Jean le Cam, c’est qu’il a un bateau fiable, donc qu’il a plus de chances d’arriver et de faire parler du projet, qu’il n’est pas dans les derniers en termes de notoriété et qu’il a un projet très abordable, ce qui induit un investissement et un niveau de risques moindres.

Si tu trouves les sous, ce sera ta cinquième participation consécutive au Vendée Globe, tu ne t’en lasses pas ?
Non, je trouve que le Vendée, ce sont de super projets, à chaque fois différents, des belles aventures, une belle compétition, ça continue à me faire vibrer et tous mes Vendée Globe, je les ai vécus avec la même intensité. Le dernier, ça a quand même été un score à tous les niveaux, entre la complexité pour monter le dossier, les relations humaines très fortes que nous avons nouées et le résultat [sixième place]. C’est aussi pour ce côté relations humaines que j’y retourne.

Pour finir, où en est le projet Finistère Mer Vent que tu as initié il y a deux ans avec le Crédit Agricole du Finistère ?
Il avance bien. Le bâtiment de bureaux et de salles de réunion va être livré au printemps prochain à Port-la-Forêt, c’est un projet de développement économique tourné autour des activités maritimes, ancré dans le territoire, qui s’adresse aux personnes et aux entreprises qui veulent se construire un réseau, travailler ensemble, échanger leurs savoir-faire. Je reste impliqué dans ce projet, car j’en ai été à l’initiative avec l’ancien directeur du Crédit Agricole, mais ce n’est pas mon métier, ma priorité aujourd’hui, c’est le Vendée Globe.

Photo : Corum L’Epargne

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