Alexia Barrier à l'arrivée du Vendée Globe

Comment Alexia Barrier compte s’attaquer au Jules Verne

Alexia Barrier a annoncé le 13 janvier le lancement de The Famous Project dont l’objectif est de s’attaquer au Trophée Jules Verne avec un équipage 100% féminin en 2024. Finisher du dernier Vendée Globe mais sans véritable expérience en multicoque océanique, la Méditerranéenne de 40 ans avoue “suivre son instinct”Tip & Shaft a voulu en savoir plus.

 

Si la quasi-totalité des 33 concurrents du Vendée Globe 2020 ont d’ores et déjà annoncé leur intention de participer à la prochaine édition, ce sera sans Alexia Barrier. 24e du dernier tour du monde en solitaire à bord de TSE 4Myplanet, la navigatrice a elle aussi pensé remettre ça dans un premier temps, avant de buter sur un marché de l’occasion extrêmement tendu (voir notre article), qui nécessitait de pouvoir mobiliser très vite des fonds.

Elle a donc lancé The Famous Project qu’elle ne considère pour autant pas comme une solution de repli : “Ma première motivation était de repartir autour du monde et il fallait une bonne raison pour laisser de côté le Vendée Globe. Depuis mon adolescence, le Trophée Jules Verne fait, lui aussi, partie de ma liste des choses à faire dans une vie. Alors, j’ai décidé de suivre mon instinct.”

L’idée d’une tentative de record autour du monde avec un équipage exclusivement féminin n’est pas nouvelle : la première tentative emmenée par Tracy Edwards sur le catamaran Royal Sun Alliance en 1998 s’était soldée par un démâtage dans le Pacifique. Si elle avait contribué à former une génération de navigatrices (Samantha Davies, Emma Richards, Miranda Merron…), l’essai n’avait pas eu de suite – hormis une tentative, stoppée là encore pour cause de démâtage, menée par Ellen MacArthur à la tête d’un équipage mixte sur Kingfisher II début 2003. Depuis, Dona Bertarelli sur Spindrift 2 (devenu Sails of Change) est la seule femme à s’être attaquée au Jules Verne. “Lorsque les sponsors potentiels me posent la question [de la rareté des femmes sur le Jules Verne, NDLR], je ne sais que leur répondre”, confie Alexia Barrier.

 

Des CV internationaux

 

L’annonce de The Famous Project n’a pourtant pas tardé à recevoir l’adhésion de plusieurs skippers féminins : Marie Riou et Marie Tabarly se sont immédiatement manifestées pour faire partie de l’équipage malgré leurs projets personnels (Figaro pour la première, Ocean Globe Race sur Pen Duick VI pour la seconde). De même que l’irlandaise Joan Mulloy, l’Américaine Sarah Hastreiter et l’Anglaise Dee Caffari, qui confie à Tip & Shaft : “Le projet d’Alexia est fort car il est unique et comble un grand vide quant à la place des femmes dans la course au large en multicoque. Elle a l’intelligence de vouloir réunir des compétences et elle a les qualités pour créer une belle dynamique.”

Engagée aujourd’hui aux côtés de Shirley Robertson sur le circuit britannique IRC en double (voir notre interview ci-dessous), la navigatrice anglaise se verrait en tout cas bien ajouter The Famous Project à son programme : “Ce sont des projets longs et c’est bien que chacun ait son activité à côté. Il est sans doute trop tôt pour savoir ce que les unes et les autres feront à bord. Moi, je veux apporter mon expérience et travailler en confiance. La confiance sur ces bateaux extrêmes, c’est la clé.”

A côté de ces têtes d’affiche, le palmarès sportif d’Alexia Barrier peut sembler modeste, mais la navigatrice ne fait pas de complexe : J’ai gagné en confiance et si tu regardes mon CV, j’ai fait beaucoup de choses. Je n’ai plus envie d’être timide et n’ai aucun complexe à m’afficher skipper du bateau”“Alexia est une fille qui a toujours navigué en équipage et à l’international. Elle sait imposer les choses avec le sourire. Je n’ai aucun doute sur ses qualités de manager, abonde Anne Millet qui s’occupe de la communication du projet.

 

Une préférence
pour Idec Sport

 

Un projet programmé pour s’articuler en deux temps : l’acquisition d’un MOD70 en 2022 pour constituer et former l’équipage, puis le rachat d’un Ultim en 2024 à l’issue de la première édition du Tour du monde Ultim en solitaire 2023. Si Alexia Barrier avoue une préférence pour Idec Sport, “un bateau fantastique” et par ailleurs détenteur du Trophée Jules Verne (40 jours 23 heures 30 minutes), elle ne ferme aucune porte : “Un jour ou un autre, tous les bateaux se retrouvent en vente.”

Pour le MOD70, les négociations sont “bien engagées” avec un propriétaire que la navigatrice ne souhaite pas citer avant d’avoir conclu la vente. Il s’agit, selon nos informations, de PowerPlay, l’ex Virbac-Paprec, skippé par Peter Cunningham, qui vient de prendre la deuxième place de la Rorc Transatlantic Race. “Ce sont des bateaux qui se négocient autour d’un million d’euros. C’est cinq fois moins qu’un Imoca neuf et ça permet de naviguer tout de suite. Nous participerons aux Voiles de Saint Barth en avril avant de ramener le bateau des Antilles vers la Méditerranée”, explique-t-elle.

Le MOD70 servira à sélectionner et former l’équipage sur des classiques comme la Middle Sea Race et sur quelques records, dont Marseille-Carthage. Fin 2022, il repassera Gibraltar pour se rendre au départ de la Rorc Transatlantic Race début janvier 2023. L’objectif est ensuite de rejoindre le Pacifique pour tenter de battre le record détenu par l’équipage de Lionel Lemonchois sur Gitana 13 entre San Francisco et Yokohama (11 jours 12 mintes 55 secondes en 2008).

L’équipage est prévu pour fonctionner à 7 en offshore, il sera mixte en 2022 et 2023, avec des marins comme Sidney Gavignet, Johnny Malbon, Brian Thompson ou Paul Larsen, qui apporteront leur expérience des navigations à haute vitesse en multicoque. “L’ambition du projet est d’être exclusivement féminin sur le Trophée Jules Verne, mais, en attendant, nous faisons du mixte et recevons d’ailleurs beaucoup de CV de garçons“, constate la navigatrice.

 

8 millions sur 4 ans à trouver

 

Si le projet est organisé sur le plan sportif, reste maintenant à le financer, Alexia Barrier tablant sur un budget de 8 millions d’euros sur quatre ans. Elle peut d’ores et déjà compter sur les 350 000 euros annuels provenant de certains de ses partenaires du Vendée Globe qui ont renouvelé leur engagement (Biotronik, L’Esprit français, le département des Alpes-Maritimes et un club de PME), elle va devoir emprunter pour financer l’achat du MOD70. “On table aussi sur des facilités de paiement du propriétaire, actuel qui est sensible au côté inclusif du projet”, assure-t-elle.

Le naming du bateau est envisageable à partir d’un million d’euros par an, la navigatrice ne s’étant pas donné de date limite pour réunir une partie des fonds. “Nous gérons notre timing et n’avons pas la pression d’une qualification ou d’un numerus clausus. Nous sommes aussi à l’écoute des partenaires pour faire évoluer le projet. Il y a une seule chose que je ne veux pas, c’est déroger à l’aspect collectif. Un sponsor potentiel m’a déjà demandé de m’aligner sur la Route du Rhum avec le MOD70 et j’ai refusé.”

Anne Millet ajoute, à propos de la recherche de partenaires : “Nous avons un dossier, un contrat d’apporteur d’affaires et Alexia profite d’un réseau incroyable qui a l’air de se mettre en branle plus vigoureusement que pour un Vendée Globe. L’intérêt d’un Jules Verne pour un sponsor c’est que tu es libre de ton timing. Et pas dans l’ombre de 40 autres bateaux.”

 

Photo : Jean-Louis Carli / Alea

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