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Pascal Bidégorry : « Je cherche de l’argent pour racheter Macif »

Après avoir aidé Arthur Le Vaillant à préparer la dernière Route du Rhum-Destination Guadeloupe en Class40, dans la foulée de sa victoire sur la Volvo Ocean Race avec Dongfeng Race TeamPascal Bidégorry poursuit sa collaboration avec le skipper de Leyton, puisque les deux hommes seront au départ de la Sardinha Cup fin mars en Figaro 3. Parallèlement, le Basque cherche des partenaires pour l’accompagner en Ultim, lui qui fait également partie des potentiels successeurs de Sébastien Josse au sein du Gitana Team. Il évoque tous ces sujets pour Tip & Shaft.

Comment t’es-tu retrouvé embarqué dans le projet de Figaro 3 d’Arthur Le Vaillant ?
Je le connais depuis des années par son père [Jean-Baptiste Le Vaillant, longtemps voilier chez Incidence, équipier recherché en multicoque, NDLR], on habite pas loin l’un de l’autre dans le coin de La Rochelle et j’avais déjà travaillé l’an dernier avec lui pour sa préparation de Route du Rhum en Class40 en perf et en météo. Comme il avait besoin d’un coup de main pour le Figaro 3, on va continuer à bosser ensemble cette saison, je vais l’accompagner pour préparer la Solitaire. Je passe pas mal de temps pour essayer de comprendre le bateau et travailler sur les voiles avec Incidence.

Parlons du bateau : tu as connu le Figaro 1 puis le 2, comment est ce Figaro 3 ?
Pas mal. Je pense que ça va être un bateau très exigeant. En ce moment, on fait beaucoup de tests de perf’ et tu te rends compte que, dès que tu lèves la tête deux secondes pour voir s’il y a une risée sur l’eau, tu as vite fait de ne plus avancer par rapport aux autres. Il faut être sans cesse concentré, d’autant que le bateau est assez neutre à la barre. Dès que tu n’as plus la tête dans les compteurs, ça devient vite compliqué en termes de performances. Sinon, la carène est moderne, et pour ce qui est des foils, le bateau ne vole pas, mais dès que tu arrives à une certaine vitesse, tu vois que ça marche ; on a fait des essais avec et sans : il n’y a pas photo, tu vas beaucoup moins vite sans. Le fait d’avoir ajouté une voile rend aussi le jeu plus complexe, il faut trouver le bon étagement entre le gennak, le spi lourd, le spi max…

Le bateau sera-t-il compliqué à faire marcher en solitaire ?
Il est quand même super stable en carène, avec ses deux safrans. Après, dans la performance, le choix des voiles, les trajectoires, ça va être intéressant, avec notamment cette histoire de code zéro : tu fais du près dans 10 nœuds, tu ne le mets pas, tu abats de trois degrés, tu le mets et tu vas beaucoup plus vite. Après quinze ans de Figaro Bénéteau 2 où tout le monde allait à la même vitesse, avec les mêmes voiles, les mêmes préparations et les mêmes réglages de quête, ça va ouvrir un peu le jeu. Sur la Sardinha, nous allons avoir une démarche tournée vers le solitaire en imaginant comment faire quand tu te retrouves seul, d’autant plus que plein de trucs ne sont pas évidents, même en double : aujourd’hui, on est, par exemple, encore loin d’être les champions de l’empannage. Et au niveau de l’utilisation du pilote en solo, il y a beaucoup à faire : quand tu mets le pilote, le bateau va carrément moins vite, tu te demandes comment ils vont faire quand tu vois le parcours de la Solitaire. Il va donc falloir être intelligent dans la stratégie pour savoir quand aller se reposer, quand mettre le pilote en perdant peu et quand barrer. Je pense qu’il va y avoir des portions sur certaines étapes où il faudra se remonter les manches et se cracher dans les mains, parce que si tu ne le fais pas, tu perdras beaucoup.

Pourquoi ne t’es-tu pas lancé sur le circuit cette saison ?
Tu penses bien que ça m’a démangé, mais comme je suis en train de chercher de l’argent, ça me paraissait compliqué de faire les deux en même temps, on ne peut pas être partout.  Et je sais très bien que pour être performant en Figaro, il ne faut faire que ça à 100%, autrement ça ne peut pas marcher. Après, si je n’ai rien à faire l’année prochaine, on verra bien. Et je ne suis pas inquiet, je vais faire du bateau cette année…

Tu parles de chercher de l’argent, quel est ton projet aujourd’hui ?
Je cherche des sous pour faire de l’Ultim et plus particulièrement pour racheter Macif. L’idée serait de le récupérer en cours d’année prochaine pour être présent sur les courses au programme de l’année 2021, qui sera une année charnière, avec le premier tour du monde en équipage en Ultim [qui sera annoncé le 2 avril lors de la présentation du programme de la classe Ultim 32/23, NDLR]. D’autant que derrière, tu as la Route du Rhum en 2022, ensuite on parle d’un tour du monde en solo. Pour moi, ce sont quand mêmes les plus beaux bateaux de la planète. J’ai navigué avec François à mon retour de la Volvo, Macif a passé un step incroyable : tu voles au près, tu voles au portant… Je ne dis pas qu’on est au vent de la bouée partout, mais s’il y a un domaine dans lequel j’ai envie de m’investir, c’est celui-là. J’ai fait un tour du monde en 9 mois sur la Volvo, c’est quand même pas mal d’en faire un en 40 jours de temps en temps !

Combien recherches-tu et est-ce un projet difficile à vendre ?
J’essaie de faire au minimum, mais pour que ce soit viable, je cherche 7 millions d’euros hors-taxe sur deux ans pour faire tout le programme jusqu’au tour du monde 2021 compris. Et dans ces 7 millions, j’inclus tout, l’amortissement du bateau, l’assurance… Après, je ne pense pas que ce soit un projet plus compliqué à vendre qu’un autre ; ce qui est compliqué, c’est de trouver de l’argent. Jusqu’ici, à chaque fois que j’ai eu des sous, je n’ai pas été les chercher, c’est souvent une question d’opportunités et de bol. Chaque fois que j’ai cherché, je n’ai pas trouvé, j’espère bien que ça va se passer différemment cette fois-ci, j’ai des amis qui travaillent avec moi, on y croit, on fait feu de tout bois.

Tu dis que la classe n’est pas tout le temps au vent de la bouée, elle a notamment payé un lourd tribut à la dernière Route du Rhum, penses-tu qu’elle a voulu aller trop vite ?
Peut-être. Après, quand tu fais du développement sur des bateaux, il faut accepter que ça casse de temps en temps, on est dans une démarche empirique avec les moyens qui sont les nôtres, on n’est pas dans la F1. Je pense qu’il y a du travail à faire sur la mise au point de tous les petits systèmes embarqués, mais au niveau de la structure des bateaux, je ne suis pas inquietGroupama 3 et Banque Populaire V ont essuyé des plâtres – sur Banque Pop, on a eu des problèmes dans tous les sens, de structure, de bordé, de fond de coque, de délaminage, on n’a jamais communiqué dessus, parce que c’était interdit. Mais il ne faut quand même pas oublier que, depuis, ça fait dix ans que les bateaux font des tours du monde avec des mecs tout seul, et ils reviennent avec un bateau nickel ou presque. Là, il y a une Route du Rhum avec un bateau qui se met sur le toit et l’autre qui perd son étrave, on a l’impression que c’est la fin des fayots ! Et il faut garder à l’esprit que naviguer sur ces bateaux en solitaire n’a rien d’anodin. Il y a quelques années, tu mettais 25 mecs dessus parce que c’était dangereux, là, les gens ont l’impression que tout seul, c’est facile, on l’a complètement oublié .

As-tu prévu de continuer à collaborer avec François Gabart cette année ?
On va voir, on attend toujours de connaître le programme, on a entendu parler un peu de tout, donc c’est difficile de discuter tant qu’on n’est pas fixé. Mais j’ai continué à travailler avec eux, j’étais à l’arrivée du bateau à Pointe-à-Pitre [il devait participer au convoyage retour qui a été annulé, NDLR], j’ai participé à quelques réunions sur le nouveau bateau. Si François a besoin de moi, je viens avec plaisir, c’est un peu à la carte, ça se passe très bien comme ça depuis le début.

Tu es proche de François et de l’équipe Macif, as-tu posé une option pour le bateau ?
Non, le premier qui a l’argent pour l’acheter l’aura. Je ne vais pas faire un emprunt à la banque pour poser une option, on parle de millions d’euros, pour l’instant, je n’en suis pas là du tout.

Ton projet prioritaire est de racheter Macif, mais tu es forcément au courant du départ de Sébastien Josse de chez Gitana, tu fais partie des skippers cités pour lui succéder, es-tu intéressé et as-tu été en contact avec eux ?
Oui et oui, j’ai répondu à tes questions… Ça me dérange un peu d’épiloguer sur ce sujet vis-à-vis de Jojo, parce que c’est un mec que j’adore et que j’aurais voulu que son histoire avec Gitana continue. Maintenant, si tu veux vraiment que je réponde à ta question, je ne dirai pas non si Gitana me propose le job demain, parce que s’il y a quelqu’un qui clame haut et fort depuis des années qu’il veut faire de l’Ultim, c’est qui ? Ce n’est pas un scoop de dire qu’ils ont rencontré du monde, maintenant, on verra bien, la balle n’est pas dans mon camp et je ne me prends pas la tête avec ça.

Evoquons, pour finir, la Volvo, qui s’appelle désormais The Ocean Race. Si ton projet Ultim n’aboutit pas, serais-tu intéressé pour remettre ça ?
C’est clair que je suis focus sur l’Ultim en ce moment, mais si je n’y arrive pas et qu’on me propose la Volvo, j’y retournerai. Tu peux dire que c’est long, que les bateaux n’avancent pas ou je ne sais quoi, mais j’ai participé aux deux dernières et c’était super. J’en suis à chaque fois sorti bien plus riche humainement et sportivement, alors j’ai forcément envie de revivre ça. J’aime bien me lever le matin en me disant que je suis en compétition, donc ça me va bien. J’aimerais bien y retourner sur un projet étranger pour le mélange des cultures, apprendre des choses de gens d’horizons différents.

Le passage en Imoca t’excite-t-il aussi ?
Oui, c’est un tout. Maintenant, les équipages de cinq, ça va être compliqué. La Volvo est une course en équipage, si tu remontes dans l’histoire, ils étaient 16, puis 13, 12, 8, et maintenant 5, bientôt on la fera en double ! A cinq, tu fais la Volvo Ocean Race sous pilote automatique avec deux quarts de deux, ce n’est plus la même histoire. Déjà à huit, avec trois personnes sur le pont, ce n’était pas beaucoup quand tu vois comment on astiquait. Et ça fait moins de monde embarqué sur la course sans que ce soit vraiment moins cher.

Crédit photo : Jérémie Lecauday/Volvo Ocean Race

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