Nicolas Lunven : “Je repense au Vendée Globe 2020”

Navigateur à bord de Turn the Tide on Plastic sur la dernière Volvo Ocean Race, Nicolas Lunven a ensuite intégré le Gitana Team pour aider Sébastien Josse à préparer la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Le programme de ce dernier chamboulé pour 2019 suite aux avaries survenues sur plusieurs trimarans Ultime, celui du double vainqueur de la Solitaire Urgo Le Figaro l’est aussi. Il fait le point pour Tip & Shaft.

Cela fait maintenant presque six mois que tu en as terminé avec la Volvo Ocean Race, comment vois-tu l’avenir de la course, rebaptisée The Ocean Race ?
Je vois plutôt du positif, j’ai l’impression qu’Antoine Mermod, qui connaît quand même bien les bateaux techniquement pour avoir longtemps œuvré pour des équipes, sait de ce qu’il faut faire pour réunir au mieux ces deux mondes qui, jusqu’ici étaient assez éloignés. Le défi n’est pas simple mais il est beau, je pense que les équipes Volvo vont devoir accepter de faire quelques compromis par rapport à leurs habitudes, puisqu’on ne pourra pas faire tout et n’importe quoi sur le nouveau bateau, mais je pense qu’ils appréhenderont cette nouvelle donne assez vite. J’avais d’ailleurs senti beaucoup d’intérêt de la part de mes équipiers lors de la dernière Volvo au fur et à mesure que le projet Imoca devenait de plus en plus concret. Ce sont finalement des bateaux sur lesquels, dans le milieu de la Volvo, ils sont très peu à avoir mis le pied dessus.

Ce sera une vraie révolution pour eux de passer d’un VO65 à un Imoca ?
C’est sûr que ce sera très différent. L’Imoca est un bateau beaucoup plus léger, qui va beaucoup plus vite dans le petit temps et qui vole quasiment au reaching abattu et au portant VMG dans les conditions medium. La navigation est forcément très différente par rapport au Volvo qui est bateau lourdaud et rustique. Après, ces différences se gomment un peu quand le vent monte, car quand tu as 25 nœuds de vent, sur un Imoca, tu commences à sérieusement lever le pied, alors que sur un Volvo, tu ne sais pas quand lever le pied, en tout cas, si tu le fais, c’est plus pour l’équipage que pour le bateau.

Qu’as-tu fait depuis ton retour de la Volvo ?
Assez vite après mon retour, j’ai intégré le Gitana Team avec une double casquette de navigant, pour accompagner Sébastien dans son entraînement pour la Route du Rhum, et de routeur météo, ça m’a beaucoup occupé jusqu’à, malheureusement, son abandon prématuré suite à la casse du flotteur. Cette avarie remet forcément beaucoup de choses en question pour moi, car il y avait la perspective avec Gitana de naviguer en 2019, entre Lorient-Les Bermudes et une grosse campagne d’entraînement, mais également le routage sur Brest Oceans l’hiver prochain. Du coup, le programme est un peu chamboulé, je suis un peu en stand-by en ce moment.

As-tu été surpris par l’avarie dont a été victime le Maxi Edmond de Rothschild ?
Cette avarie était quand même une surprise, parce que l’accent avait été plutôt mis sur le fait d’avoir un bateau robuste, l’équipe n’avait pas forcément l’impression de jouer avec le feu. Maintenant, on entre dans un univers qu’on connaît assez peu – je parle des navigants mais aussi des architectes et des chantiers. On a vu que dans 35 nœuds et 5 mètres de creux, ça ne se passait malheureusement pas aussi bien que ce que l’on pensait. Dans ces conditions, ce n’était probablement pas raisonnable de se lancer si tôt dans un tour du monde en solo, mais on peu compter sur des équipes comme Gitana pour continuer à faire naviguer ces bateaux fabuleux et à défricher cette aventure du vol.

Tu as travaillé récemment avec Oman Sail, peux-tu nous en dire plus et cette collaboration va-t-elle se poursuivre ?
Oui, Oman m’a contacté pour faire du coaching de marins omanais dans le cadre de leur projet de les faire naviguer en Figaro 3 en 2019. Ça a duré quatre semaines en novembre-décembre, j’imagine qu’il va y avoir une suite de cet accompagnement dans les semaines à venir, avec moi ou un autre, je n’en sais rien, pour l’instant, rien n’est acté, je n’ai pas encore eu de discussion avec Franck (Cammas) et Louis Viat, mais je pense qu’on va en parler.

Compte tenu de ces changements de perspectives, quels sont tes autres plans pour 2019 ?
Du coup, je repense au Vendée Globe 2020. Il y a quelques semaines, j’avais quasiment fait une croix dessus parce que j’avais cette perspective avec Gitana, finalement, je le remets en ligne de mire, d’autant plus que je me dis qu’il y a encore le moyen de faire de belles choses. Tant qu’il reste des bateaux disponibles sur le marché et que le temps imparti permet de se qualifier, il reste des opportunités. Quoi qu’il arrive, je ne vais pas m’arrêter de chercher des partenaires, parce que si dans quelques mois, je me dis que c’est trop tard pour le Vendée Globe, il faudra être capable de rebondir sur d’autres types de projet.

Par exemple ?
Je pense notamment à la Class40 qui offre de très belles perspectives. Si jamais j’ai l’occasion d’en faire, ce ne sera absolument pas à reculons, c’est une classe qui regroupe un super plateau en quantité et en qualité avec un beau programme de courses. Même chose pour les Multi50 qui ont prouvé qu’ils étaient de très bons bateaux sur la Route du Rhum en étant quasiment tous à l’arrivée alors que vu les conditions météo au départ, on aurait plutôt imaginé que ce serait la classe avec le taux d’abandon le plus fort. Ce sont des projets très intéressants sportivement, plus simples à mettre en œuvre et plus accessibles d’un point de vue budgétaire. Et je n’oublie pas que l’année prochaine, c’est une année Transat Jacques-Vabre, donc j’aimerais bien y participer, en tant qu’équipier si ce n’est pas sur mon propre projet.

Tu dis qu’il reste des bateaux disponibles, il en reste peu de compétitifs (voir ci-dessus), partirais-tu sur le Vendée Globe 2020 sur n’importe lequel ou te fixes-tu un minimum d’objectif sportif ?
Si on regarde le dernier Vendée Globe, il y avait trois catégories de projet : les potentiels gagnants, avec des bateaux neufs ou modifiés comme Maître CoQ, des profils aventuriers et une catégorie intermédiaire avec des projets qui ne partaient pas forcément pour la gagne avec des budgets moindres et des bateaux pas tout à fait au goût du jour, dans laquelle il y a eu de belles bagarres, de belles histoires à raconter, je pense à Thomas Ruyant, Yann Eliès, Jean Le Cam… Si je ne peux pas jouer la gagne, je rêverais de jouer dans cette catégorie pour assouvir ma passion de la compétition, des bateaux et de la mer.

Aujourd’hui, te sens-tu loin du Vendée Globe ou as-tu un début de budget ?
Niveau budget, c’est assez simple, ça se résume à un chiffre : zéro. Maintenant, est-ce que j’en suis loin ? Je n’en sais absolument rien. Ça fait dix ans que je fais de la voile professionnelle et parfois, les projets qui aboutissent sont des pistes inattendues qui soudain se débloquent. Si je prends mon embarquement sur la Volvo, ça s’est passé via Thomas Rouxel qui connaissait Dee Caffari, au début je devais juste faire le Fastnet avec eux, et finalement, ça a duré un an.

Yoann Richomme disait à l’arrivée de la Route du Rhum que le fait d’avoir gagné la Solitaire du Figaro parle assez peu à certains prospects par rapport à la Route du Rhum qui interpelle beaucoup plus, as-tu le même sentiment, toi qui l’as gagnée deux fois ?
Je suis complètement d’accord avec lui. Aujourd’hui, je trouve que le circuit Figaro a moins de reconnaissance qu’il n’en avait il y a quelques années par rapport aux partenaires. Sportivement, les gens continuent d’admettre que c’est l’un des circuits les plus difficiles et que si tu as gagné deux fois la Solitaire, ce n’est pas rien, mais si on regarde la Route du Rhum ou le Vendée Globe, on se rend compte que certains sponsors ne vont pas forcément vers des marins qui ont brillé en Figaro, on voit souvent des projets qui se montent avec des objectifs “non-sportifs”, les choix des skippers sont faits en conséquence. Maintenant, c’est sûr que la Route du Rhum a une aura médiatique bien supérieure à celle de la Solitaire.

Pour finir, as-tu l’intention de participer au circuit Figaro ?
Je n’ai pas commandé de bateau, mais je vais quand même me retrouver un peu mêlé au bateau : d’abord si j’avance avec Oman Sail, ensuite parce que je vais a priori intervenir pour le Pôle de Port-la-Forêt pour tout ce qui est analyse de performances, en tout cas lors de la première phase de découverte du bateau. La voilerie North m’a aussi demandé de collaborer avec eux pour le développement des voiles du Figaro 3. Mais je n’ai pas de course au programme pour le moment, la Solitaire ne fait pas partie des objectifs que je me suis fixés.