Nicolas Troussel et Frédéric Puzin devant l'Imoca

Frédéric Puzin : “Le Vendée Globe 2024 est l’objectif depuis le début”

Corum L’Epargne a annoncé récemment la poursuite de son partenariat avec Nicolas Troussel jusqu’au Vendée Globe 2024. L’occasion pour Tip & Shaft de s’entretenir avec son fondateur et président, Frédéric Puzin, lui-même marin, puisqu’il revient tout juste de la Caribbean 600.

Comment s’est passée la Caribbean 600 sur votre Ker 46 Daguet 3 ?
Très bien, c’est la première fois qu’on y participait, c’est une course extraordinaire, avec du vent, de l’eau chaude, du soleil, et un parcours juste génial dans l’arc antillais. Sur le plan sportif, on a eu des hauts et un bas puisqu’on a fait partie des grandes victimes du dévent de la Guadeloupe, si bien qu’on finit 5e dans notre classe derrière trois TP52 américains et Teasing Machine et 14e au général.

Quel est votre programme pour le reste de la saison ?
Le bateau va rentrer en Europe, on va ensuite disputer la Capri Sailing Week, la Giraglia, le championnat du monde IRC à Porto Cervo, les Voiles de Saint-Tropez, la Middle Sea Race, la question reste ouverte pour la Sydney-Hobart. A l’avenir, on va essayer de continuer à parcourir le monde, on est assez attirés par les plans d’eau américains.

Nicolas Troussel navigue-t-il avec vous ?
Il a navigué avec nous, mais il est vraiment accaparé par l’Imoca qui est sa priorité absolue. Ça permet de parler de notre autre sujet : ce projet Imoca est complètement intégré dans l’entreprise, on n’est pas un sponsor qui donne tant de K euros à un skipper qui a son écurie et en est l’homme-orchestre ; on est les propriétaires d’un bateau, dont Nicolas est le pilote, avec à ses côtés une équipe d’une quinzaine de personnes salariées de l’entreprise Corum, au même titre que les autres. On est plus dans une approche comme en Formule 1, avec un team manager, Greg Evrard, qui est le patron, et un pilote, Nicolas, qui ne se concentre que sur la performance.

“On n’a tiré que 50%
du potentiel du bateau”

Vous venez d’annoncer la poursuite de votre engagement avec lui jusqu’au prochain Vendée Globe, la décision a-t-elle été longue à prendre ?
Pour être honnête avec vous, on a fini par communiquer parce que tout le monde commençait à se poser des questions sur notre présence dans le monde de la voile, mais pour nous, il n’y a rien de nouveau : le Vendée Globe 2024 est dans le collimateur depuis le début, il n’y a donc pas eu de décision à prendre. D’autant plus qu’on avait mis le bateau à l’eau très tardivement pour le Vendée Globe 2020, on était raisonnables sur les objectifs et on avait bien intégré un potentiel abandon sur casse, ce qu’on a malheureusement vécu. Mais cela a toujours été un projet sur le long terme au service de la notoriété de l’entreprise.

Votre bateau vous a-t-il donné satisfaction et avez-vous envisagé d’en construire un neuf pour le Vendée Globe 2024 ?
Quand j’entends des choses comme ça, je pense souvent à mon métier : la réalité et les convictions d’un instant sont rarement celles du lendemain. Je suis assez fasciné de voir que d’un seul coup, il y a un engouement pour telle forme d’étrave, et que finalement, quand on regarde le dernier Vendée Globe, des choses qui paraissaient évidentes l’étaient bien moins après-coup. Je suis en ce sens assez admiratif du Vendée Globe de Jean Le Cam : son résultat est la démonstration que c’est le couple marin/bateau qui fonctionne et que tout doit être fait pour que ce couple soit le plus homogène possible. Notre bateau, on sait qu’il a un gros potentiel, dont on n’a tiré que 50% pour l’instant ; on sait aussi qu’il faut le rendre plus performant à certaines allures et plus confortable. Donc on n’a jamais imaginé en faire un nouveau ; quand on l’a mis à l’eau, c’était pour le Vendée Globe 2024.

Cela veut-il dire que vous allez faire de nouveaux foils, dès cette année pour la Route du Rhum ?
Aujourd’hui, il n’y a pas de salut sans faire évoluer les foils en permanence. Je ne vais pas dire que le foil est devenu un consommable, mais presque ! Donc, oui, il y a un plan de développement dans le temps avec différentes versions. On voit qu’un bateau comme Apivia, qui marche très bien, a développé plusieurs paires de foils en partenariat avec 11th Hour. Mais, encore une fois, la question centrale est celle de l’homogénéité de l’ensemble. Nous, on sait qu’on a un bateau très rapide et puissant au reaching ; mais s’il est invivable dans ces conditions, ça ne fonctionne pas. Pour ce qui est de nouveaux foils pour la Route du Rhum, ce que je peux vous dire, c’est qu’on ne fera pas de foils spécifiques pour y faire un exploit, car le projet, c’est le Vendée Globe. Tout le reste n’est qu’une trajectoire vers cet objectif.

“Corum et la voile
sont étroitement liés”

Vous aviez annoncé au moment du lancement du projet un investissement de 6 millions d’euros pour le bateau et un budget de fonctionnement annuel de 2 millions d’euros, restera-t-il le même ?
Il est constant, mais on fera ce qu’il faut quand ce sera nécessaire (rires) ! Ce que je suis en train de vous dire, et ça vaut pour toute l’entreprise, c’est qu’on est prêts à investir dès lors qu’on a une bonne dose de confiance sur le retour sur investissement. Si on se dit que la martingale pour obtenir ça ou ça, c’est tant, et que la probabilité d’y arriver est élevée, on n’hésitera pas à le faire, tout en restant raisonnables.

Justement, avez-vous mesuré les retombées de votre premier Vendée Globe ?
Oui, bien sûr : la notoriété de l’entreprise a doublé depuis le lancement du projet Imoca et les retombées ont quasiment payé le bateau. Ce n’est pas énorme, d’autres projets ont eu des retombées bien plus importantes, mais ça reste très positif.

Vous projetez-vous déjà au-delà du prochain Vendée Globe ?
C’est compliqué de se projeter tant qu’on n’a pas atteint son objectif. Ce qui est sûr, c’est que Corum et la voile sont étroitement liés, indépendamment de Frédéric Puzin. Après, si vous me posez la question d’une Ocean Race par exemple, à titre personnel je serais complètement fan, mais ça n’a aucun intérêt pour l’entreprise : il y a relativement peu de retombées en France, le montant de l’investissement n’aurait pas de sens par rapport aux retombées. Quant aux Ultims, ce sont des machines extraordinaires, mais en comparaison, l’Imoca offre le Vendée Globe, pour lequel, tous les quatre ans, des millions de personnes se passionnent de plus en plus. C’est une course unique au monde.

Photo : Eloi Stichelbaut – polaRYSE / Corum l’épargne

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