Benjamin Ferré et Jean Le Cam

Jean Le Cam, la carte jeunes

4e du dernier Vendée Globe, Jean Le Cam a pour ambition de repartir sur un sixième Vendée Globe consécutif – il aura alors 65 ans – à bord d’un Imoca “simple et accessible” dont il espère, s’il trouve des partenaires, lancer la construction le plus vite possible. Dans le même temps, le Quimpérois encadre les projets des jeunes Benjamin Ferré et Violette Dorange.

Il veut repartir pour un tour ! Après cinq Vendée Globe consécutifs, dont quatre terminés, Jean Le Cam n’est pas rassasié puisqu’il envisage de prendre le départ de l’édition 2024. Mais pas sur son fidèle Hubert (l’ancien Foncia de Michel Desjoyeaux, plan Farr vainqueur de l’édition 2008) : “L’envie de repartir est venue assez vite, deux mois après l’arrivée, confie-t-il à Tip & Shaft.  Je me suis en revanche dit que si j’y retournais, ce serait sur un projet différent et sur un nouveau bateau, je ne vais pas faire un quatrième tour du monde sur Hubert.”

A quoi ressemblerait ce nouvel Imoca ? “Avec les bateaux d’aujourd’hui, on va vers une non-accessibilité du Vendée Globe, vers de l’élitisme, ce qui n’a jamais été ma philosophie. Donc le projet, c’est de faire un bateau simple, fiable et accessible, avec moins de complexité technique, moins de problématiques pour rentrer dans les ports, moins d’efforts qu’on ne maîtrise pas. Donc un Imoca à dérives, léger pour être facile à mener en solitaire et qui aille tous les jours entre 1 et 1,5 nœud plus vite qu’Hubert.”

Plusieurs architectes ont été contactés, Jean Le Cam, qui ne souhaite pas à ce stade avancer de noms ni dévoiler dans quel chantier sera construit le bateau – a en revanche une idée assez précise de ce qu’il souhaite : “L’objectif est de s’inspirer des nouvelles carènes qu’on trouve en Class40. Il y a une vraie évolution sur la dernière génération des 40 pieds que je souhaite appliquer sur un 60 pieds.”

L’objectif est désormais de trouver des partenaires, “qui partagent la philosophie du projet”, pour le suivre dans une aventure que « le Roi Jean » souhaite collective puisque son intention est de lancer plusieurs constructions : “Pour avoir un modèle économique qui tienne la route, l’idéal serait de faire trois bateaux. Ça permettrait de créer une dynamique, une sorte d’événement dans l’événement, de mutualiser les coûts et donc de rendre le Vendée Globe accessible, financièrement à des PME et sportivement à des jeunes avec un bateau simple. C’est une autre voie qu’on propose.”

 

Benjamin Ferré, un projet bien avancé

 

C’est cette philosophie qui a poussé deux jeunes à se rapprocher de Jean Le Cam et de son équipe pour lancer leur propre projet de Vendée Globe, Benjamin Ferré et Violette Dorange. L’un comme l’autre ont débuté au large sur la Mini Transat 2019 (respectivement 3e et 16e), la seconde a enchaîné sur deux saisons de Figaro (19e de la Solitaire cette année), ils ont désormais pour objectif de franchir la marche de l’Imoca.

Le projet le plus avancé est celui de Benjamin Ferré, aventurier-entrepreneur de 31 ans, converti à la course au large, qui raconte à Tip & Shaft comment il s’est lancé : “Je me suis retrouvé en janvier 2020 à un dîner à côté de Jean, que je connaissais déjà, il me dit qu’il me pense capable de faire le Vendée Globe, il a planté une petite graine dans mon cerveau. Quelques mois plus tard, Fabrice Amedeo, que j’avais rencontré une fois, me propose au moment de terminer sa Vendée Arctique de convoyer son bateau avec lui, je suis à peine monté dessus qu’il part dormir et me confie la barre ! J’ai trouvé ça magique, je me suis dit que c’était parti.”

Par l’intermédiaire du même Fabrice Amedeo, Benjamin Ferré se rapproche de Michel Desjoyeaux pour prendre le pouls d’un éventuel achat de Banque Populaire (alors skippé par Clarisse Crémer), dont ce dernier est propriétaire. “Il me dit alors que ce bateau n’est nullement réservé à une élite mais à ceux qui ont le plus envie. J’appelle aussitôt Jean, qui est en plein tour du monde, pour lui en parler, il me dit qu’il va y avoir une euphorie à la fin du Vendée Globe et donc d’acheter. Je commence le tour des banques, sans succès, jusqu’à ce que mon dossier arrive sur le bureau de la Banque Populaire. Comme j’avais déjà racheté le Mini de Clarisse, ils ont trouvé que c’était un beau clin d’œil de m’aider à de nouveau racheter son bateau, Maurice Bourrigaud [patron de Banque Populaire Grand Ouest] apporte son soutien en interne, les fonds se débloquent, je rappelle Mich qui accepte cinq heures plus tard !”

 

Objectif 2023 pour Violette Dorange

 

La vente est conclue le 15 août, reste à trouver des partenaires pour honorer les premières échéances le 15 décembre. “J’ai remué ciel et terre pendant trois mois et au moment où je me disais début décembre que j’allais devoir revendre le bateau, j’ai trouvé sur le gong un partenaire [qu’il dévoilera début 2022] qui me prend la moitié du budget ! Dans la foulée, ça a débloqué deux autres sponsors, j’ai donc les deux tiers [il estime son budget annuel jusqu’en 2025 à 1,5 million d’euros]. Je recherche désormais un deuxième sponsor en co-naming, mais avec ce que j’ai trouvé, ça me permet quoi qu’il arrive de partir.”

En parallèle de ces recherches de partenaires, Benjamin Ferré a commencé à s’entraîner à Port-la-Forêt sur son nouvel Imoca, avec Jean Le Cam, chargé de la gestion sportive et technique du projet, mais également avec Violette Dorange. La jeune navigatrice (20 ans), en plein montage de son projet – elle cherche activement des partenaires pour un budget équivalent à celui de Benjamin Ferré – a en effet elle aussi fait appel à l’expertise de l’équipe de Jean Le Cam pour l’accompagner dans sa préparation du Vendée Globe, qu’elle compte courir sur le fameux Hubert que ce dernier lui louera“L’idée est que je continue le Figaro l’année prochaine tout en faisant quelques entraînements avec Jean et Benjamin, et qu’à partir de 2023, je récupère le bateau de Jean”, explique-t-elle à Tip & Shaft.

Avant d’ajouter, à propos de sa collaboration avec Jean Le Cam : “Il a une façon incroyable de voir le bateau, tout doit être simple et fiable, il faut que ça marche sans prise de tête, je trouve ça génial pour débuter, je ne pouvais pas espérer mieux.” Sur l’ex Banque Populaire, les deux élèves ont donc suivi à Port-la-Forêt les leçons du professeur lors de plusieurs navigations, la dernière lundi. “Jean découvre un peu le rôle de coach, on voit qu’il y prend du plaisir, il nous distribue ses cartons jaunes et rouges lorsqu’on fait nos manœuvres, c’est vraiment l’école de voile, sourit Benjamin Ferré. “L’Imoca, c’est tout nouveau pour nous, c’est fois dix par rapport au Mini ou au Figaro, on a tout à réapprendre, ajoute Violette Dorange. Le fait d’être deux élèves dans la classe permet d’apprendre plus vite, on voit les erreurs de l’autre et on est deux à poser des questions.”

 

Tanguy Leglatin dans la boucle

 

“Je n’aime pas le mot transmission, commente quant à lui Jean Le Cam lorsqu’on lui parle de ce rôle de coach. C’est surtout du partage et de l’échange parce que les jeunes t’apportent aussi leur façon de voir les choses.” Le petit groupe bénéficie également de l’expertise d’un autre ancien de la Mini Transat 2019, Félix de Navacelle, mais aussi de l’entraîneur lorientais Tanguy Leglatin. A propos duquel Benjamin Ferré dit : “Il m’a tout appris, c’est à 80% grâce à lui que j’ai réussi à faire troisième de la Mini Transat. C’était hors de question de me lancer dans ce projet s’il n’était pas dans la boucle. J’ai une confiance absolue en lui et il forme un super binôme avec Jean, ils s’entendent très bien.”

Avec son projet de construction de deux ou trois bateaux, Jean Le Cam se verrait donc bien étoffer cette “petite équipe de jeunes très sympathiques qui ont envie d’apprendre”. En attendant, en plus de chercher des partenaires pour lui-même, il a une première mission : faire en sorte que Benjamin Ferré soit prêt à prendre le départ en solitaire des deux premières courses de la saison 2022, la Bermudes 1000 Race (en mai), et la Vendée Arctique Les Sables d’Olonne (en juin).

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