Martin Le Pape sur le chantier de son Class40

Martin Le Pape : “J’arrive en Class40 avec beaucoup d’humilité”

Après sept saisons sur le circuit Figaro Beneteau, Martin Le Pape a décidé de se lancer en Class40. Avec un bateau neuf – un Clak40 signé VPLP -, les mêmes partenaires (réunis autour de la Fondation Stargardt) et la Route du Rhum dans le viseur. Avant de se projeter sur le Vendée Globe 2024.

La saison de Figaro s’apprête à débuter sans toi, ça fait bizarre, après sept saisons sur le circuit ?
Carrément ! Quand les entraînements ont commencé en janvier à Port-la-Forêt, j’étais presque stressé en me disant que j’allais prendre du retard par rapport à ceux qui reprenaient ! J’ai mis du temps à faire le deuil de ne pas y retourner, même si j’ai fait quelques navigations avec le Pôle pour ne pas perdre la main, mais c’est vrai que quand ça a été ta vie pendant sept ans, ça fait bizarre de ne plus y être.

Quel bilan tires-tu de ce septennat en Figaro ?
Le point positif, c’est que je termine avec mon meilleur résultat au Championnat de France, quatrième, ça veut dire que j’ai progressé. Globalement, comme tout compétiteur, j’aurais aimé faire de meilleurs résultats et un podium sur la Solitaire, j’ai manqué un peu de réussite, je me suis aussi certainement trompé sur des choix, mais je pense que j’ai marqué le circuit pendant ces sept ans. En tout cas, j’ai la reconnaissance de mes pairs et c’est le plus important.

Que t’a-t-il manqué pour monter sur le podium de la Solitaire ?
Sur la dernière, un peu de vitesse. J’aurais dû mettre le paquet dessus, parce que c’est indispensable pour briller sur une Solitaire. Souvent, ceux qui la gagnent disent qu’ils connaissent une sorte d’état de grâce, je ne l’ai clairement pas eu. Et je pense que le fait de ne pas avoir fait de la régate au contact quand j’étais plus jeune, puisque j’ai fait de la planche à voile, a sans doute joué. J’ai mis beaucoup de temps à intégrer les notions de placement, de régate en flotte, de prise en risque, que tu acquiers en dériveur. Au final, c’est hyper important en Figaro, on le voit très bien quand on regarde les trajectoires de Pierre Quiroga sur la dernière Solitaire, ce n’est que du placement et de la vitesse.

“Les gens du milieu me connaissent,
pas le grand public”

Tu as ensuite enchaîné sur la Transat Jacques Vabre avec Giancarlo Pedote, que gardes-tu de cette expérience ?
C’était magique ! Tout : le bateau, parce qu’il ne faut pas banaliser le fait de naviguer sur des Imoca qui sont extraordinaires ; la rencontre avec Giancarlo, on s’est très bien trouvés ; et le résultat : terminer sixième avec un Imoca doté de foils d’ancienne génération, c’était quasiment inespéré au départ. C’était une de mes plus belles expériences de course au large. Quand tu y as goûté, tu te dis que ça va être difficile de revenir en arrière et de faire du Figaro…

C’est ce qui t’a décidé à arrêter le Figaro et à te lancer en Class40 ?
Il y a plusieurs raisons : la première, c’est que je ressentais une certaine lassitude de faire la même chose depuis quelques années. La deuxième, c’est que je pense que c’est important de savoir se diversifier et toucher à tous les supports, sachant que je reviendrai certainement en Figaro dans quelques années. J’avais enfin très envie de faire une transat en solitaire, notamment la Route du Rhum qui est une des plus belles, le Class40 me paraissait le bon support. Et c’est important de souligner que le Figaro est un circuit assez fermé, dans le sens où il fait rêver les initiés, mais en termes de notoriété, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. Le fait d’aller me frotter à des grandes courses qui parlent aux gens peut m’aider, c’est important qu’on parle de moi pour les années futures.

Comment as-tu fait ce constat ?
Je m’en suis rendu compte en allant chercher des budgets pour l’Imoca. Quand tu vas proposer un projet Vendée Globe à des partenaires en disant que tu es Martin Le Pape, ils se demandent qui tu es. Je suis un bon figariste, mais je ne suis pas le meilleur, je n’ai pas gagné de grandes courses, donc les gens du milieu me connaissent, pas le grand public. Alors que certains, qui sont peut-être moins bons que moi en bateau, sont davantage connus et arrivent à trouver des sponsors.

“Je peux vendre un projet ambitieux,
mais jamais de résultats”

Comment as-tu choisi ton Class40 ?
Compte tenu du timing, il fallait un bateau neuf pour être sûr d’être qualifié. Je me suis alors retrouvé sur la short-list des marins souhaitant louer celui de Francesco Rosati, un économiste italien résidant en Belgique, j’ai eu la chance qu’il me choisisse. L’idée est que j’optimise son bateau, avec la possibilité de l’agencer à ma façon, pour qu’il s’en serve à partir de l’année prochaine.

Qu’as-tu apporté à ce bateau ?
On est déjà partis du constat que les bateaux 1 et 2, ceux d’Andrea Fornaro et de Nicolas d’Estais, avaient des petites lacunes, et notamment le poids, donc on a retravaillé les échantillonnages avec les architectes (VPLP Design) et l’accastillage pour éviter de se traîner des kilos de trop. On a aussi joué sur la position du bulbe et des ballasts, j’ai choisi l’électronique, le système de piano, fait de petits aménagements ergonomiques… c’était super intéressant ! J’ai hâte de voir ce que ça va donner [mise à l’eau le 13 mai, NDLR].

Quand tu vois le plateau de cette Route du Rhum, tu arrives à vendre un résultat à tes partenaires ?
Non, je peux vendre un projet sportivement ambitieux, mais je ne vends jamais de résultats, surtout, effectivement, quand tu vois le plateau. C’est quand même beaucoup de nouveautés pour moi : le circuit, le bateau, une transat en solitaire. Donc, même si j’ai envie de briller, j’arrive avec beaucoup d’humilité.

“50 à 70% de chances d’être
au départ du Vendée Globe”

Est-ce pour toi un « one shot » en vue du Rhum ou comptes-tu poursuivre en Class40 ?
Pour l’instant, c’est un « one shot », parce que mon objectif est de faire le Vendée Globe 2024. Pour moi, c’est encore jouable, il n’y a pas beaucoup d’options, mais il en existe encore.

De quelles options parles-tu ? Et as-tu des partenaires ?  
Comme il n’y a plus de bateaux d’occasion sur le marché, le projet est plutôt la construction d’un Imoca neuf, il s’inscrit dans celui, collectif, d’Eric Bellion (voir l’article ci-dessus) qui m’a sélectionné pour en faire partie. Même si je cherche aussi des partenaires, c’est plus lui qui a la main sur les budgets, on attend des réponses très prochainement.

Quel est selon toi ton pourcentage de chances d’être au départ du Vendée Globe 2024 ?
J’aimerais bien te répondre 70%, le projet est très bien parti, mais avec le contexte actuel, on n’est pas à l’abri de surprises. Donc en étant plus prudent, je dirais 50%.

Photo : DR

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