Banque Populaire Voile sponsorise des bateaux en Figaro, Imoca, et Ultim

Comment Banque Populaire a décidé de poursuivre son sponsoring voile jusqu’en 2024

Il aura fallu à peine plus d’un mois, entre le 6 novembre, jour du chavirage de Banque Populaire IX sur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, et le 12 décembre, date du go donné par Banque Populaire au triple projet présenté par Ronan Lucas – construction d’un nouvel Ultim, engagement sur le Vendée Globe 2020 avec Clarisse Crémer sur l’ex SMA, deux saisons de Figaro pour Armel Le Cléac’h -, pour que le sponsor historique de la voile décide de le rester, au moins jusqu’en 2024. Tip & Shaft vous explique tout…

Un premier chavirage en avril lors d’un convoyage au large du Maroc, un second sur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe consécutif à la casse du bras de liaison avant tribord de Banque Populaire IX récupéré en trop mauvais état pour être réparé, l’année 2018 aura été noire pour Banque Populaire qui, comme son skipper Armel Le Cléac’h, misait beaucoup sur la onzième édition de la transat en solitaire. Pour autant, il semble que malgré la perte d’un trimaran ayant coûté environ 10 millions d’euros, il n’a pas été question « une demi-seconde », selon Christine Fabresse, directrice générale banque de proximité et assurance de BPCE, de mettre un terme au sponsoring voile. « Il y a eu unanimité immédiate sur le fait de repartir avec Armel, poursuit-elle. Ça peut paraître étonnant, mais c’est la vérité. On ne remet pas en cause 30 ans d’un tel partenariat pour ça. L’histoire est trop forte pour que ça s’arrête comme ça ».

Le résultat, pas encore connu, des expertises des assureurs, et donc le dédommagement, ou non, lié à la perte du bateau, ont-ils conditionné la poursuite de l’aventure ? « Ces modalités sont bien sûr importantes, mais ça ne s’est pas du tout fait comme ça, ajoute Christine Fabresse. Notre priorité a été d’attendre la décision d’Armel, on ne savait pas si, dans sa tête et familialement, il était prêt à repartir. » Et visiblement, chez ce dernier, passé le choc du chavirage, la décision a été vite prise : « Comme ce n’est pas un chavirage, mais une casse qui a entraîné le chavirage, il n’y a pas de remise en cause de ma façon de naviguer qui aurait pu me conduire à penser que le multicoque n’était pas fait pour moi. Donc, quand la question m’a été posée par le sponsor, après en avoir parlé avec mon entourage, j’ai évoqué mes souhaits, le premier étant de repartir en Ultim ».

Priorité à l’Ultim donc et à la construction d’un nouveau trimaran, sous la maîtrise d’œuvre de CDK (les flotteurs seront fabriqués chez Multiplast). Qui dit construction d’un tel engin dit 18 mois de chantier (le bateau est attendu fin 2020), donc autant de temps sans naviguer, d’où la seconde envie exprimée par Armel Le Cléac’h : « Avec Ronan [Lucas, directeur du Team Banque Populaire, NDLR], on a parlé de Vendée Globe pour moi, mais très vite, la question a été mise de côté. D’abord parce que j’avais déjà exprimé après ma victoire que j’en avais fait le tour, ensuite parce que si je repartais, c’était avec le même objectif que la dernière fois, ce qui voulait dire un nouveau bateau. Or, c’était déjà quasiment trop tard et ça coûtait plus d’argent. Moi, j’avais plutôt envie d’aller naviguer en Figaro. Avec un nouveau support, le Figaro 3, la 50e édition de la Solitaire, l’AG2R en 2020, ça me permettait de rester affûté pendant deux ans sur un circuit compétitif ».

Ronan Lucas a tout de même proposé, parmi d’autres, ce projet de Vendée Globe à la direction de BPCE : « Nous avons présenté toutes les options qu’on peut trouver dans la voile française : du Tour de France à la voile, du 50 pieds… La présence de Banque Populaire sur les deux derniers Vendée Globe s’étant près bien passée, c’est très naturellement et très rapidement que, après un premier tour d’horizon, ce projet, en plus de l’Ultim et du Figaro, a émergé », explique le directeur du Team, rejoint par Christine Fabresse : « Ce triple projet s’est imposé à nous dans le sens où il nous permettait de repartir avec notre skipper fétiche, de continuer à travailler dans l’innovation, un thème qui nous est cher, et de développer un projet de transmission ».

Autre argument qui a convaincu BPCE, le profil de Clarisse Crémer, présentée, parmi d’autres, par Ronan Lucas. « Nous avons proposé cinq-six noms, mais très vite, Clarisse est arrivée au sommet de la pyramide pour plusieurs raisons : sa jeunesse, son dynamisme, son aspect entrepreneuse et, il ne faut pas le cacher, son côté bonne communicante. Sans oublier la notion de performance : Clarisse a montré sur sa Mini-Transat, alors qu’elle débarquait de nulle part, qu’elle a su construire son projet pour être performante [2e sur en série en 2017, NDLR]. Tout matchait : communication, performance et jeunesse ». Une Clarisse Crémer qui a toutefois hésité avant de s’engager : « On a discuté la première fois fin novembre avec Ronan, dans un bureau un peu caché, il voulait me sonder par rapport au projet. J’ai été incapable de lui donner une réponse ferme, je n’ai pas beaucoup dormi après ça et j’ai mis une grosse semaine à revenir vers lui pour lui dire que j’avais envie de me confronter à ce défi énorme ».

Dans le même temps, Ronan Lucas s’est attaché à verrouiller la location de l’ex SMA, qu’il n’était pas le seul à convoiter, auprès de Michel Desjoyeaux. Un choix de bateau lié à des considérations budgétaires – selon lui, ce triple projet se fait à « budget équivalent » pour Banque Populaire, à savoir un total, toutes activités voiles comprises, de 7 millions d’euros annuels TTC – mais également au choix de la skipper : « Pour un premier Vendée Globe, on n’avait pas forcément envie de mettre la pression à Clarisse avec un bateau ultra-compétitif à foils. Elle aura tout le temps d’y retourner avec pour ambition de le gagner ». Reste que, Paul Meilhat l’a prouvé en remportant le dernier Rhum, le plan VPLP-Verdier vainqueur du Vendée Globe 2012 reste une machine fiable pouvant encore jouer les podiums sur les courses du programme Imoca. Comme la prochaine Jacques-Vabre, sur laquelle Clarisse Crémer sera accompagnée d’un Armel Le Cléac’h qui, tout professeur qu’il sera lors de cette saison 2019, prévient : « Je ne viens pas que pour être moniteur de voile, l’objectif sera d’être performant sur la Jacques-Vabre avec les armes qu’on aura ».

Les deux futurs co-skippers de cet Imoca rebaptisé Banque Populaire X débuteront leur préparation commune fin juillet, avant de s’aligner sur le Fastnet et le Défi Azimut. D’ici là, ils seront adversaires sur le circuit Figaro et notamment sur la Solitaire Urgo Le Figaro, que Clarisse Crémer courra pour la première fois, avec son partenaire Everial, qui l’accompagne jusqu’à fin juin, Armel Le Cléac’h visant quant à lui une troisième victoire.

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