Le Figaro 3 fait partie des candidats comme bateau de l'épreuve de course au large des JO de Paris 2024

JO 2024 : les chantiers se positionnent pour le bateau offshore

Le processus de sélection par World Sailing de l’équipement qui sera utilisé sur la nouvelle épreuve de course au large double mixte introduite aux Jeux olympiques de Paris 2024 a connu une nouvelle étape mi-février : la fédération internationale a publié une liste de 12 bateaux présentés par leurs constructeurs, qui pourraient postuler lorsque le véritable appel d’offres sera lancé. Pour les chantiers, il s’agit d’avancer leurs pions en vue des prochaines échéances. Tip & Shaft fait le point.

A quatre ans et demi des Jeux de Paris 2024, la nouvelle épreuve de course au large double mixte fait l’objet d’un long processus initié depuis plus d’un an par World Sailing, chargée à la fois d’en édicter les règles du jeu, mais également de choisir le futur support, un monocoque monotype. Pour ce dernier, un « working party », constitué de membres de différents comités et de cadres de World Sailing, planche sur le sujet, il a envoyé en fin d’année 2019 une « request for information » (RFI) à l’adresse des constructeurs et des classes, destinée à faire un état des lieux des bateaux qui pourraient postuler et des chantiers qui pourraient être intéressés.

12 réponses lui sont parvenues, publiées récemment, qui font dire à un acteur du dossier : « Il y a un peu à boire et à manger là-dedans. Certains ne répondent pas aux critères en termes de catégorie, d’autres sont plus des bateaux d’équipage, et niveau budget, ça va de 30 00 dollars [pour le Far East 28 Rà 200 000 euros [prix d’un Figaro 3]. » Le Figaro 3 figure d’ailleurs dans cette liste alors qu’au début du processus de sélection, World Sailing avait évoqué un « non-foiling boat « . Un revirement de sa part ? « Ça dépend de ce qu’on entend par un bateau à foils, nous confie une source bien informée, qui estime que les foils du Figaro 3 peuvent tout aussi bien être considérés comme des appendices anti-dérive. Et je pense que World Sailing n’a pas la volonté d’écarter définitivement cette option pour ne pas se couper de l’évolution actuelle des bateaux de course au large. »

Beneteau a senti l’opportunité et a donc proposé le monotype sorti l’an dernier. « Product manager » du chantier vendéen, Luc Joëssel explique : « Sur ce dossier, on a une démarche de groupe et on travaille main dans la main avec Jeanneau qui a présenté le Sun Fast 3300. En fonction de l’évolution du dossier, on pourra pousser l’un ou l’autre. Le Figaro a pour lui le haut niveau qui correspond un peu à l’esprit olympique, le Sun Fast est un bateau qui va vite et est résolument moderne par rapport à certains bateaux proposés. »

Parmi les autres chantiers à avoir postulé, l’Américain J Boats a présenté trois bateaux, le J88, le J99 et le J105 ! « Pour nous, ça aurait été une faute professionnelle de ne pas répondre, parce que le monotype habitable, c’est dans l’ADN de J Boats, explique Didier Le Moal, patron de J Composites, fabricant en Europe des J Boats. Nous sommes la marque qui a le plus de bateaux monotypes internationaux au catalogue. » Et s’il reconnaît que le chantier a « ratissé large » en présentant trois bateaux, il estime que le J99 est « le plus adapté » au format de l’épreuve de course au large olympique, « parce que plus récent et plus imaginé dans ce sens. Le 88 est plus sportif et le 105 est trop vieux. »

De son côté, Jean-Pierre Kelbert, à la tête du chantier JPK, a présenté une version customisée du JPK 1030 : « Dans le petit temps, on ne peut pas mettre trop de toile, sinon, le rating flambe, mais pour l’épreuve olympique, on n’a pas ce problème, donc on s’est dit qu’il y avait moyen d’adapter le bateau aux conditions de la Méditerranée en été, et notamment de le rendre plus vivant dans le petit temps. »  Comment ? « On met une grand-voile à corne avec deux pataras, un code zéro sur le bout-dehors, plus de surface de spi, un couple plus intéressant avec une quille bulbe profonde. Bref, on garde les qualités du bateau en ajoutant de la polyvalence, tout ça pour des coûts pas très élevés. »

Parmi les autres réponses adressées à World Sailing, celle du Vector, Mini 650 de série, construit par le chantier polonais Yacht Service et dessiné par Etienne Bertrand, est sortie du chapeau au dernier moment. « Je suis complètement innocent, sourit ce dernier. C’est un ami allemand du chantier, Roland Gaebler, qui a pensé que ça valait le coup d’essayer et a monté tout le dossier, je lui ai donné mon accord, même si je n’y crois pas une seconde. » Pourquoi ? « Je pense qu’il y a des chantiers qui ont les reins beaucoup plus solides et qui seront plus à même d’être choisis par le comité. Et je ne suis pas sûr que les gens qui vont décider soient très ouverts aux innovations du genre scow, le look savonnette, je doute que ça passe bien. Maintenant, faire cette course en Mini, ça peut être marrant. » 

La suite du programme pour tous les chantiers ayant répondu à la RFI de World Sailing ? Ils sont d’abord conviés à Londres au siège de cette dernière le 7 avril pour une réunion destinée à rentrer dans les détails des dossiers présentés. World Sailing a ensuite prévu de publier avant le 31 décembre 2020 une liste de critères que devra remplir le futur bateau olympique et servira de base à sa « request for proposal » (RFP), l’appel d’offres formel qui sera lancé à une date encore inconnue – auquel d’autres candidats que les 12 bateaux actuels peuvent répondre. Dans le même temps, sera publiée avant le 31 décembre une liste de bateaux sur lesquels pourront se disputer les épreuves de sélection pour les Jeux de Paris 2024.

Les critères attendus pour la fin de l’année tourneront autour de la sécurité, de tout ce qui relève de la qualité de fabrication et du contrôle de la monotypie, des dimensions, du plan de voilure, de la capacité des chantiers à produire une vingtaine de bateaux dans les temps, et, critère important pour World Sailing, que ces derniers aient une vie après les Jeux. Ce qui semble le cas d’une bonne partie des 12 bateaux proposés, qui naviguent pour la plupart sur des circuits existants – à l’exception du Dehler 30, dont le constructeur envisage de créer une flotte monotype spécifique. « Lancer aujourd’hui une classe monotype de cette taille-là, c’est franchement compliqué », commente, dubitatif, Jean-Pierre Kelbert, rejoint par notre expert des arcanes de la fédération internationale : « Sur le papier, le Dehler est super intéressant, il se situe entre le Figaro et les bateaux plus axés IRC, mais son marché est pour l’instant moins identifié que les autres. »

Après épluchage des candidatures, le choix final de World Sailing sera connu avant le 31 décembre 2023, la fédération internationale souhaitant se décider tard pour éviter aux « grosses fédérations » de prendre de l’avance. Quid des capacités de production des chantiers si World Sailing devait attendre cette date butoir ? « On doit pouvoir y arriver. Aujourd’hui, on est sur une cadence d’un bateau tous les quatre jours sur le J99« , répond Didier Le Moal. « C’est le sujet le plus délicat, mais si ponctuellement on a besoin de répondre à une offre de ce type-là, on peut doubler notre capacité de production« , ajoute Jean-Pierre Kelbert. Chez Beneteau, Luc Joëssel est plus circonspect : « Le timing ne paraît pas réaliste de construire 20 bateaux monotypes au millimètre près en si peu de temps. Le seul moyen pour que les bateaux soient prêts dans un tel délai serait qu’ils existent déjà. »

Une hypothèse que n’exclut pas World Sailing, ce qui nécessiterait de convaincre des propriétaires et/ou des classes de mettre leurs bateaux à disposition du COJO – le comité d’organisation des Jeux, qui en tant qu’organisateur, fournit l’équipement – le temps des Jeux Olympiques. Et même en amont de l’épreuve, puisqu’il faudrait qu’ils repassent par la case chantier pour être uniformisés.

Beaucoup de questions restent donc en suspens pour les éventuels candidats au bateau olympique, qui, tous, se rejoignent sur un point : pour eux, l’enjeu est plus une question de prestige que commerciale. « C’est clairement une question d’image, mais aussi de soutien à Paris 2024, les Jeux sont en France, ce serait mieux d’avoir un bateau français, non ? » confirme Luc Joëssel.  « Qu’on soit choisis ou pas ne mettra pas la société en péril ni dans un sans ni dans l’autre », estime de son côté Didier Le Moal, tandis que Jean-Pierre Kelbert conclut : « Ce serait un bon focus sur le chantier, et on ne fait pas les choses que pour de l’argent, on les fait aussi pour le fun« .

Photo : Yvan Zedda / La Solitaire du Figaro

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