Yoann Richomme est le nouveau skipper de Racing for the Planet sur The Ocean Race

Yoann Richomme : « The Ocean Race cochait toutes les cases »

La nomination de Yoann Richomme comme skipper du VO65 Racing for the Planet sur la prochaine édition de The Ocean Race, projet soutenu par The Mirpuri Foundation, déjà sponsor de Turn The Tide On Plastic sur la précédente, a été officialisé la semaine dernière. Un projet « venu de nulle part » mais qui tombe à pic pour le double vainqueur de la Solitaire du Figaro, comme il l’explique à Tip & Shaft.

(Cette interview, réalisée en anglais le 5 février, a été traduite).

Comment t’es-tu retrouvé à la barre du VO65 de The Mirpuri Foundation ?
C’est vraiment venu de nulle part. J’ai été contacté par Charles Caudrelier, qui conseille le propriétaire de l’équipe, Paulo (Mirpuri, fondateur de The Mirpuri Foundation), et m’a demandé si ça m’intéressait. C’était en septembre. Nous avons commencé à en parler, puis j’ai rencontré Paulo et son équipe à Lisbonne la semaine précédant la Transat Jacques Vabre, j’ai ensuite reçu la réponse à la fin de la Transat Jacques Vabre.

The Ocean Race est-elle une course que tu as toujours souhaité faire ?
Oui ! Pour être honnête, je voulais la faire, mais en aucune façon, je ne pensais qu’ils prendraient un skipper français pour un projet comme celui-là. Donc, je n’ai pas du tout cherché dans cette direction, j’étais encore dans ma campagne de Vendée Globe. Même si ça ne sentait déjà pas très bon à ce moment-là, je n’avais pas encore eu le temps de me retourner et de commencer à chercher autre chose. Maintenant, j’ai toujours été passionné par cette course. D’abord, parce que j’ai au départ un parcours en équipage, j’ai fait beaucoup de sports collectifs, du rugby, du basket et d’autres, pas à un niveau très élevé, mais j’ai toujours aimé ça. Et j’ai toujours adoré naviguer en équipage et faire partie d’une équipe. Après, en France, la seule façon de gagner sa vie est de naviguer en solitaire, c’est pour ça que je m’y suis mis. Mais l’équipage a toujours été dans un coin de ma tête et je me suis toujours dit que The Ocean Race était une course faite pour moi, parce que j’aime vraiment le côté management d’une équipe. Là, j’apprécie particulièrement la taille des équipages, celle du bateau, j’aime la régate au contact et le large. Donc The Ocean Race cochait toutes les cases pour moi. Mais ça me semblait impossible d’avoir une place en tant que skipper. Comme mon Vendée Globe devenait compliqué, j’allais me pencher sur le sujet The Ocean Race, l’appel de Charles est arrivé au bon moment

Quel est ton parcours en équipage ?
En fait, j’ai débuté par ça, parce que lorsque je faisais mes études à Southampton, nous avions monté une équipe pour courir le Tour Voile, nous l’avons fait quatre fois. C’est moi qui menais le projet et étais skipper du bateau, même si je ne le barrais pas. Ensuite, j’ai fait un peu de match-racing, des courses en IRC, du Mumm 30 et encore le Tour, je pense l’avoir couru huit fois en tout. Tout ça fait que j’avais pas mal d’expérience avant de me mettre au solitaire. Et pour être honnête, je préfère l’équipage au solo, je m’ennuie un peu sur les courses en solitaire.

Comment décrirais-tu ta façon de manager ?
C’est difficile à dire, parce que je n’ai jusqu’ici managé que de petites équipes, pas des équipes de vingt personnes ou plus. Mais j’accorde beaucoup de confiance aux gens avec lesquels je travaille, ce que j’ai bien l’intention de faire sur ce projet. J’aime aussi quand les choses sont bien planifiées et organisées, ce n’est pas militaire mais il faut que ce soit assez rigoureux. Après, je suis assez décontracté, je ne stresse pas facilement et j’essaie d’être assez constant d’un point de vue émotionnel.

Es-tu raccord avec le fait que le projet monte en gamme par rapport à la dernière fois avec des objectifs de victoire ?
Oui, évidemment. La dernière fois, c’était très différent, car le projet a démarré très tard et a été entièrement géré par l’organisation de la course, alors que là, Paulo Mirpuri veut mettre en place une équipe avec l’objectif de gagner, c’est pourquoi nous démarrons si tôt. Le bateau navigue déjà, il a juste à être repeint et nous allons naviguer dans environ dix jours. C’est un luxe auquel je n’ai jamais vraiment été habitué, c’est agréable d’avoir ce temps, d’autant les critères pour faire partie de l’équipage sont liés à l’âge, je vais avoir besoin de recruter pas mal d’équipiers de moins de 30 et 26 ans.

A ce jour, combien de personnes as-tu déjà recrutées ?
Je ne peux pas te le dire, parce que personne n’a encore signé. La plupart de l’équipe va être recrutée cette année, je vais avoir deux chefs de quart qui vont me rejoindre pour m’aider à constituer l’équipage, nous allons tester entre 10 et 15 équipiers de moins de 30 ans cette année.

Quelle est la composition idéale d’équipage ? Quel genre d’équipiers vas-tu chercher ?
Evidemment, on a besoin de barreurs et de régleurs, chacun devra être capable d’endosser ces rôles. Après, c’est une question difficile, parce que je n’ai encore jamais navigué sur un VO65. Je viens d’un univers assez polyvalent, donc je vais chercher des gens qui ont de la polyvalence, mais je vais surtout chercher des gens qui savent faire avancer vite un bateau et ont envie de le faire.

As-tu des spécifications en termes de nationalités ?
Non, je n’ai aucune contrainte, je peux regarder où je veux.

Quel va être le rôle de Charles Caudrelier ?
Aujourd’hui, il ne fait que conseiller le projet, c’est facile pour moi de lui passer un coup de fil et lui poser des questions du genre : « Que devrais-je faire ? », « Comment gérer telle chose ? », « Quelle a été ton expérience dans tel cas ? », « Quelles erreurs ont été faites ? », « Et les bonnes choses ? »… J’ai aussi déjà discuté avec quelques personnes qui faisaient partie de l’équipe Dongfeng, j’essaie de m’appuyer sur leurs avis.

A combien d’équipes t’attends-tu sur la course ?
A ce stade, je n’en ai aucune idée. Je sais que la plupart des équipes ne vont démarrer que dans un an, donc c’est difficile de spéculer. Je vois quand même que certaines équipes sont déjà actives sur des VO65, j’imagine que certaines ne sont pas encore totalement financées. Les choses vont sans doute changer d’ici l’été prochain.

Quel est ton programme à partir de maintenant ?
Je suis à plein temps sur cette campagne, même si le programme sera plus léger cette année, nous devrions naviguer environ 80 jours, nous allons aussi essayer de nous aligner sur deux courses au large qui seront annoncées plus tard, histoire de définir des objectifs à court terme, sans avoir à attendre deux ans. La priorité sera de constituer l’équipe, ou au moins la moitié cette année, qui sera basée à Cascais.

Donc tu navigues d’ici dix jours ?
Oui, nous allons attaquer ce que nous appelons une session de découverte, en tout cas, ce le sera pour moi. Je vais venir avec quelques marins expérimentés pour essayer le bateau, vérifier que les l’électronique marche et est bien calibré, regarder les voiles et les réglages de mât, et ils vont m’apprendre la façon de naviguer sur un VO65, nous allons passer trois-quatre jours à faire ça à Cascais, je vais aussi rencontrer quelques personnes pour mettre en place l’équipe.

Que penses-tu du partenariat entre l’Imoca et The Ocean Race ?
C’est un bon choix de changer la classe des bateaux. Evidemment, les Imoca sont très différents : un peu plus excitants et technologiques, je pense que ça représente un tout autre défi. Je ne sais pas combien il y aura de bateaux sur la ligne, mais je pense que nous ne le saurons pas pendant un moment. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne sera bientôt plus possible de construire des bateaux dans les temps, mais il y a tellement d’Imoca que c’est difficile de savoir qui va se lancer l’année prochaine. Peut-être que certains voudront y aller après le Vendée Globe.

Ce projet semble parfait en termes d’expérience pour ensuite essayer de faire le Vendée Globe 2024 ?
Oui, complètement, ça reste compatible avec le prochain Vendée Globe et avec la prochaine Route du Rhum. Evidemment, ces objectifs paraissent un peu lointains maintenant, mais j’ai tellement travaillé sur ma campagne de Vendée Globe 2020 et pris tellement de contacts que je vais conserver cet objectif dans un coin de ma tête, en espérant que quelques sponsors vont aussi le faire ; si jamais ils décident de s’engager sur le prochain Vendée Globe, ils savent que je suis disponible.

Qu’a pensé ta famille de ce projet ?
Ils sont très enthousiastes. C’est quelque chose que nous attendons tous depuis un bon moment, je cherchais un programme complet et financé, c’est ma chance. Ils savent que je suis à la hauteur et que j’ai suffisamment d’expérience pour mener un tel projet, nous sommes impatients de débuter. Et nous sommes contents que l’information soit sortie, ça nous soulage d’un poids, le vrai défi commence maintenant.

Photo : Marc Bow/The Ocean Race

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