Sam Davies improvise des exercices physiques pour s'entretenir physiquement pendant le confinement

Confinement : comment marins et équipes s’organisent

Depuis mardi et l’annonce d’une période de confinement d’au moins quinze jours, la plupart des teams de course au large ont mis leur activité en suspens. Ce qui n’empêche pas les marins, notamment ceux du prochain Vendée Globe, de se préparer individuellement et, avec leurs équipes, leurs partenaires, les classes et les organisateurs, d’envisager la sortie de crise et la suite de la saisonTip & Shaft a appelé plusieurs d’entre eux pour savoir comment ils gèrent cette période particulière.

La mise en confinement d’une grande partie de la population française depuis mardi a touché tous les secteurs d’activité, dont celui de la voile de compétition. Pour les marins et leurs équipes, il a notamment fallu brutalement interrompre des chantiers d’hiver qui, pour la plupart, étaient sur le point de se terminer. « Il ne nous restait qu’une semaine avant la mise à l’eau, mais comme nous sommes assez proches du milieu médical du fait de notre partenariat avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, nous avons vite compris que la situation allait être très compliquée et que le mieux à faire était de tout arrêter le plus tôt possible. On a donc fermé le chantier dès vendredi soir pour limiter la propagation du virus et montrer l’exemple », explique Sam Davies, skipper d’Initiatives Cœur.

« Nous avons cessé l’activité du chantier, nous avions encore trois semaines incompressibles. Notre chance, c’est que les foils et le mât sont chez nous, nos voiles tests à Vannes chez North, il nous reste à remonter le puzzle, on n’est pas trop tributaires des prestataires extérieurs, comme d’autres le sont, ce qui va rendre les mises à l’eau compliquées », explique de son côté Jérémie Beyou« On a pris la décision de mettre le projet en stand-by, on reprendra dans des jours meilleurs », raconte quant à lui Yves Le Blévec, qui comme les dirigeants d’autres structures comptant des salariés en CDI, a dû avoir recours à du chômage partiel. Pour Sébastien Rogues, qui travaille avec des prestataires sur son projet Primonial en Multi50, la priorité a été de rassurer ces derniers : « J’ai passé du temps à leur expliquer les dispositifs d’accompagnement annoncés par l’Etat pour les auto-entrepreneurs et les petites entreprises, des dispositifs que j’utilise moi-même pour ma structure. »

Des structures forcément fragilisées dans un contexte de grave crise économique à venir, d’autant que leurs partenaires sont tout autant touchés qu’eux. « Ils nous interrogent souvent sur la façon dont nous gérons des crises en mer, là, c’est un peu le contraire, on se demande comment des sociétés de 300 salariés font pour faire face à cette situation », explique ainsi Benjamin DutreuxFaut-il s’inquiéter pour la pérennité de certains partenariats, sachant que les actions de sponsoring – les précédentes crises l’ont prouvé – sont souvent les premières impactées dans pareils cas ? « On n’est pas la première roue du carrosse, pas non plus forcément la dernière. Mais aujourd’hui, on s’inquiète avant tout pour nous partenaires, ils ont des priorités à gérer bien plus importantes », poursuit le skipper de Water Family.

Sébastien Rogues confirme : « On sait que nos partenaires ont d’immenses problèmes à gérer, ce n’est pas le moment de leur présenter des factures ou de les embêter avec les nôtres, je ne souhaite pas être un poids pour eux. Donc on essaie de gérer cette crise comme on gère un coup de vent en course au large : l’objectif immédiat est de préserver au mieux notre monture pour que, quand les éclaircies reviendront, on puisse envoyer de la toile super fort. On ne pourra pas dire à nos partenaires qu’on a perdu quatre mois, donc il faut emmagasiner le maximum d’avance sur ce qu’on est capables de faire pour préparer la reprise. »

« Le maître mot, ça va être de naviguer à vue, mais c’est quelque chose qu’on cultive dans notre sport, sans doute plus que dans d’autres domaines », analyse Yves Le Blévec. Le skipper d’Actual Leader est rejoint par le spécialiste du Finn, Jonathan Lobert, qui devait initialement jouer sa qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo sur les World Cup Series de Gênes, annulées : « En voile, on est habitués au fait de s’adapter aux événements et d’essayer d’en tirer le meilleur. »

Depuis mardi, tous s’organisent ainsi pour remplir leur emploi du temps. Avec un passage obligé, l’entretien physique« Mon objectif est d’être le plus prêt possible quand on me dira que ça redémarre. J’ai récupéré quelques poids et un swiss ball, j’ai aussi commandé un home trainer sur internet qui va arriver dans les jours qui viennent », poursuit le Rochelais. Même chose pour Jérémie Beyou – « Je fais des pompes, du gainage, j’ai des ballons, un ou deux poids et mon home trainer pour rouler » – ou Sam Davies qui, avec son compagnon Romain Attanasio, invente des exercices (voir la photo ci-dessus), tout en étant « drivée » à distance par une coach sportif : « Elle m’envoie des programmes et des vidéos. C’est forcément plus difficile de se motiver que qu’en salle, mais avec Romain, on essaie de s’entraîner. »

Les deux skippers, qui préparent chacun le Vendée Globe, en profitent aussi pour mutualiser d’autres aspects de la préparation : « On liste l’avitaillement du Vendée Globe, les menus, le matos pour se filmer, les meilleures applis, on partage toutes les choses qui ne sont pas concurrentielles« , poursuit Sam Davies. Qui travaille également la météo du parcours et va profiter de la période pour se pencher sur l’analyse de performances. « Dans une petite équipe comme la nôtre, on ne peut pas tout faire. Là, on a pas mal d’enregistrements de données qu’on va avoir le temps d’analyser avec Anne-Claire (Le Berre), notre ingénieure, qui avec le chantier, n’avait pas eu le temps de travailler sur ces datas, on va pouvoir faire un travail plus approfondi que d’habitude. »

Jérémie Beyou a lui aussi prévu d’approfondir ces dossiers : « On a un planning de travail sur la météo et sur la performance. On sort d’une semaine météo avec le Pôle (de Port-la-Forêt), je vais avoir le temps de mettre mes notes au propre et d’assimiler tout ça. On profite aussi de la période pour se pencher sur notre organisation et nos méthodes de travail. » Mais également pour penser à la suite de la saison, d’où un échange fréquent avec les organisateurs de courses et les représentants des classes.

Des conférences téléphoniques ont ainsi eu lieu ce vendredi entre les classes et OC Sport Pen Duick, à propos de The Transat CIC, l’idée étant d’étudier « différentes hypothèses » en termes de dates et de parcours. « L’option Etats-Unis semble fermée, ils aimeraient bien conserver les mêmes partenaires, à savoir Brest et le CIC, pour mettre en place un projet alternatif. Après, je ne te cache pas que ça risque de ne pas avoir la même dimension ni la même aura que The Transat », explique Yves Le Blevec. Joint vendredi au sortir de quatre heures d’entretiens avec les classes, Herve Favre, directeur général d’OC Sport Pen Duick, nous a confié : « Les divers scénarios envisagés présentent des avantages et des inconvénients différents selon les classes, si bien qu’on n’a pas aujourd’hui un consensus très clair. Mais tous sont dans l’état d’esprit de trouver une solution pour qu’un événement ait lieu en 2020, d’autant qu’on ne sait pas ce qui se passera en 2021. Donc on va continuer à travailler pour rapprocher les positions des uns et des autres. »

Pour Jérémie Beyou, qui ne devait pas participer à The Transat CIC mais avait prévu de courir la Transat New York-Vendée-Les Sables d’Olonne, « ce n’est pas la date de fin de blocus qu’il faut regarder, c’est l’écart entre cette date et le départ d’une course. Il faut prendre en compte l’état général de la flotte, avec des bateaux prêts et d’autres toujours en chantier voire même en construction pour Corum, il faut faire attention à laisser le temps à chacun de se préparer. De notre côté, l’objectif est vraiment de faire tout un protocole de tests avant d’aller régater, on ne veut pas le raccourcir car il a une plus-value énorme. Si on n’a pas ce temps, est-ce qu’on prendra le départ ou non d’une course ? Je n’ai pas la réponse. »

Autorité organisatrice de la Transat New York Vendée-Les Sables d’Olonne, l’Imoca n’a pour l’instant pas urgence à se prononcer sur une course dont le départ doit être donné dans trois mois. « Aujourd’hui, on est tous en train de prendre le choc en pleine figure et de le digérer, j’espère que d’ici une, deux ou trois semaines, on pourra se projeter vers la sortie du tunnel et amorcer une reconstruction, confirme son président, Antoine Mermod. Ce qui est sûr, c’est qu’on a une ville d’arrivée qui est à fond, un concept, à savoir une transat, peut-être qu’il faudra changer la ville de départ, mais faire une course de voile entre le 15 et le 30 juin avec 27 bateaux n’est aujourd’hui pas inenvisageable. »

Tous les scénarios sont donc possibles dans les mois qui viennent pour des marins qui profitent, enfin, de cette période pour se reposer et vivre en famille« C’est ma troisième préparation olympique, ça fait plus de quinze ans que je suis au moins la moitié de l’année hors de la maison, explique Jonathan Lobert, père d’une petite fille de 5 ans. Alors, le fait de me retrouver tranquille, en famille, sans le stress permanent des entraînements et des régates, j’ai l’impression de prendre une grosse bouffée d’oxygène. » Sam Davies conclut : « Avec Romain, on avait imaginé qu’on n’allait pas trop se voir en cette année de Vendée Globe et qu’on serait chacun son tour à la maison pour s’occuper de Ruben (leur fils), du coup, on en profite vraiment. »

Photo : Sam Davies

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